Un modèle « naissance de la technologie » qui attire les investisseurs mondiaux
Le rapport publié en juin par Founderful, Kickfund, Deep Tech Nation Switzerland, Startupticker.ch et Dealroom.co brosse le portrait d'un écosystème suisse en pleine métamorphose. Entre 2020 et 2026, la part de la deep tech dans le capital‑risque total versé en Suisse atteint un niveau inédit : 63 %. Ce chiffre place la Suisse devant des géants comme la Chine (56 %) et les États‑Unis (54 %), et traduit la capacité du pays à transformer une recherche publique et académique de haut niveau en projets entrepreneuriaux.
Cette performance s'appuie sur un tissu académique dense — en particulier les spin‑offs issues de l'ETH Zurich et de l'EPFL — et sur une attractivité internationale des investisseurs. Le rapport souligne l'importance des réseaux et des plateformes industrielles pour faire émerger des solutions en IA, robotique, semi‑conducteurs et technologies de la santé.
Fortes entrées de capitaux étrangers, faibles relais nationaux au late stage
Pourtant, la « réussite » suisse cache une vulnérabilité : la dépendance aux fonds étrangers aux stades avancés. Selon le rapport, 88 % des tours supérieurs à 100 millions de dollars sont portés par des investisseurs internationaux, dont une large portion provenant des États‑Unis. À l'inverse, la présence d'acteurs suisses décline au fur et à mesure que les tours grossissent : si les investisseurs nationaux financent plus d'un tiers des opérations d'amorçage, leur part chute à seulement 12 % lors des étapes tardives.
- 63 % : part de la deep tech dans le VC suisse (2020‑2026).
- 88 % : part des grands tours (> 100 M$) financés par des capitaux étrangers.
- 12 % : part des investisseurs suisses au stade tardif.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Part deep tech du VC (2020‑2026) | 63 % |
| Grandes levées (>100 M$) financées par l'étranger | 88 % |
| Part des investisseurs suisses au late stage | 12 % |
Une opportunité stratégique pour les acteurs domestiques
Le diagnostic du rapport est clair : la Suisse sait produire des champions technologiques, mais elle ne les accompagne pas encore suffisamment jusqu'à la taille critique où se joue la captation de valeur, des emplois qualifiés et des sorties stratégiques. Pour les acteurs locaux — fonds, banques, politiques publiques — le message est simple : il faut augmenter la taille des tickets au late stage pour renforcer la souveraineté industrielle et éviter que la création de valeur ne s'exporte en quasi intégralité.
Cette situation est instructive pour la France et d'autres pays européens qui cherchent à bâtir des filières deep tech robustes : disposer d'excellences académiques ne suffit pas. Il faut aussi structurer des instruments financiers capables d'accompagner les entreprises sur la durée, depuis l'amorçage jusqu'à la maturité industrielle et commerciale.
Conséquences pour l'écosystème européen
À l'échelle européenne, la concentration des capitaux en Suisse peut créer des dynamiques d'aimantation des talents et des investisseurs. Mais elle alerte aussi sur le risque d'une fragmentation où les retombées économiques restent captées hors du territoire d'origine. Le défi qui se profile est double : augmenter les capacités de financement domestiques et renforcer les chaînes d'industrialisation pour convertir la recherche en gains économiques durables.
Le Swiss Deep Tech Report 2026 fournit ainsi un repère chiffré incontournable pour les décideurs publics et privés. La prochaine étape consistera à transformer ces constats en politiques publiques et véhicules financiers capables de soutenir le développement « tardif » des pépites deep tech — une condition nécessaire pour transformer la promesse technologique en puissance industrielle.