Cohere change d’échelle. Le laboratoire d’intelligence artificielle basé à Toronto a annoncé le lancement d’une levée de fonds susceptible d’atteindre 7 milliards de dollars canadiens, soit environ 4,49 milliards de dollars. L’opération, encore en phase de première clôture, valoriserait l’entreprise autour de 36 milliards de dollars canadiens. Le montant effectivement réuni à ce stade n’a pas été communiqué, pas plus que le calendrier de finalisation du tour.
La particularité de cette opération tient à l’implication directe de l’État canadien. À Montréal, le Premier ministre Mark Carney a indiqué qu’Ottawa pourrait investir jusqu’à 1,6 milliard de dollars canadiens au capital de Cohere. Le gouvernement entend ainsi soutenir un acteur présenté comme stratégique tout en maintenant son ancrage national, alors que les besoins en puissance de calcul et en modèles d’IA imposent des investissements de plus en plus lourds.
« Cohere restera canadienne, créant davantage de débouchés pour nos travailleurs et nos entreprises. Sa constitution en société et son siège social resteront ici. »
Un tour mené par le propriétaire de Lidl
Le financement est conduit par Schwarz, le groupe allemand qui détient les enseignes Lidl et Kaufland. En avril, Schwarz s’était engagé à apporter 500 millions d’euros dans le cadre du rapprochement entre Cohere et Aleph Alpha, développeur allemand d’intelligence artificielle. Le groupe compte désormais prolonger cette coopération en faisant fonctionner les modèles de Cohere sur son infrastructure cloud STACKIT.
Cette configuration donne à la levée une dimension industrielle qui dépasse la seule logique de capital-risque. Parmi les autres participants cités figurent Nvidia et Bell Canada, filiale de BCE. Pour Cohere, l’enjeu consiste à financer simultanément la recherche, la commercialisation et les capacités techniques nécessaires à l’exécution de modèles avancés. L’entreprise indique vouloir cibler notamment les secteurs soumis à de fortes contraintes réglementaires.
Des modèles aux infrastructures
Les fonds doivent servir à trois priorités annoncées par la société :
- faire progresser ses modèles d’intelligence artificielle ;
- développer des produits destinés aux industries réglementées ;
- renforcer les infrastructures informatiques nécessaires à leur fonctionnement.
Le volet industriel est particulièrement significatif. Cohere prévoit d’investir au moins 1,7 milliard de dollars canadiens dans de nouvelles infrastructures informatiques au Canada d’ici 2030. Cet engagement doit permettre à Ottawa de conserver sur son territoire une partie des capacités de calcul liées à l’IA, alors que les laboratoires dépendent de centres de données coûteux et de composants spécialisés.
| Élément | Donnée annoncée |
|---|---|
| Objectif du tour | 7 milliards de dollars canadiens |
| Valorisation visée | Environ 36 milliards de dollars canadiens |
| Participation potentielle d’Ottawa | Jusqu’à 1,6 milliard de dollars canadiens |
| Investissements informatiques au Canada | Au moins 1,7 milliard de dollars canadiens d’ici 2030 |
Une opération encore incomplète
Malgré l’ampleur affichée, Cohere n’a pas encore bouclé l’intégralité de la transaction. La société n’a pas précisé la somme déjà engagée ni la date à laquelle elle entend achever la levée. Cette réserve est importante pour apprécier la valeur finale de l’opération : la valorisation évoquée correspond à l’objectif annoncé, et non à un financement définitivement clos.
Le directeur général de Cohere, Aidan Gomez, a décrit l’intervention publique comme un « très grand honneur ». Du côté allemand, Christian Müller, directeur général de Schwarz Digits, présente l’investissement comme une nouvelle étape après l’accord conclu avec Aleph Alpha. Schwarz avait déjà consacré 16 milliards d’euros à de nouveaux centres de données en Allemagne. Le groupe apporte donc à Cohere plus qu’un financement : un débouché potentiel pour ses modèles et une infrastructure cloud destinée à les héberger.
Pour le Canada, le dossier pose enfin la question de la maîtrise nationale de la filière. Ottawa veut conserver au pays le siège et la structure juridique de Cohere, tout en attirant des capitaux et des partenaires internationaux. Pour la start-up, le défi sera désormais de transformer cette puissance financière en produits utilisables par des secteurs réglementés, sans perdre la discipline nécessaire à un modèle économique encore en construction.