Le marché du travail marocain s'est nettement détérioré au troisième trimestre 2026. Selon les données du Haut-Commissariat au plan (HCP), publiées mardi 3 novembre, le chômage strict a atteint 10,5 % de la population active, contre 9,5 % trois mois auparavant. Cette hausse s'accompagne d'un recul marqué de l'emploi : le nombre de personnes ayant une activité rémunérée est passé à 10,47 millions, soit 173 000 de moins qu'au trimestre précédent.
La population active a elle aussi diminué. Elle regroupait 11,69 millions de personnes à la fin du trimestre, en baisse de 70 000 sur trois mois. Le nombre de chômeurs s'est établi à environ 1,22 million. Ces évolutions montrent que la progression du chômage ne résulte pas seulement d'une arrivée accrue de demandeurs sur le marché : elle intervient également dans un contexte de contraction du nombre de personnes en emploi.
Une dégradation plus forte dans les zones rurales
La hausse concerne l'ensemble du pays, mais son ampleur varie selon le lieu de résidence. En zone urbaine, le taux a progressé de 0,6 point, pour atteindre 12,5 %. Dans les campagnes, il a augmenté de 1,5 point, à 6,9 %. Les villes concentrent toutefois la majorité des personnes sans emploi, avec 76,4 % du total national.
Les écarts entre les sexes restent particulièrement marqués. Le chômage s'est établi à 16,7 % chez les femmes, après une hausse de 1,9 point, contre 8,7 % chez les hommes, en progression de 0,6 point. Les jeunes sont les plus exposés : le taux atteint 30,5 % chez les 15-24 ans, soit 3,3 points de plus en un trimestre. Chez les 25-34 ans, il s'élève à 16 %, en hausse de 1,6 point.
L'industrie résiste, les autres grands secteurs reculent
La baisse globale de l'emploi masque des trajectoires très différentes selon les activités. L'industrie est le seul des quatre grands secteurs à avoir créé des postes pendant la période, avec 69 000 emplois supplémentaires, soit une hausse de 4,8 %. À l'inverse, l'agriculture, la sylviculture et la pêche ont perdu 145 000 emplois. Les services ont reculé de 96 000 postes, tandis que le bâtiment et les travaux publics ont diminué de 3 000 emplois.
| Secteur | Évolution au 3e trimestre 2026 |
|---|---|
| Industrie | +69 000 emplois |
| Agriculture, sylviculture et pêche | -145 000 |
| Services | -96 000 |
| Bâtiment et travaux publics | -3 000 |
Les services demeurent néanmoins le premier réservoir d'emplois, avec 5,16 millions de personnes, soit 49,2 % de l'emploi total. Leur poids atteint 64,2 % dans les villes. Dans les zones rurales, l'agriculture, la sylviculture et la pêche restent dominantes et regroupent 54,1 % des actifs occupés, contre 24,1 % pour les services. La baisse enregistrée dans ces activités agricoles pèse donc directement sur l'emploi rural.
Une pression sur l'emploi qui dépasse le seul chômage
Le HCP mesure également les personnes qui souhaitent travailler sans être comptabilisées dans le chômage strict, ainsi que celles dont le temps de travail est insuffisant. Le taux réunissant chômage et main-d'œuvre potentielle a atteint 15,7 %, contre 14,7 % au trimestre précédent. Cet indicateur monte à 26,5 % chez les femmes, contre 12,5 % chez les hommes.
« La pression actuelle et latente sur le marché du travail »
L'indicateur associant chômage et sous-emploi lié à la durée travaillée est également en hausse, à 14,6 % contre 14 % auparavant. La mesure globale des besoins de travail non satisfaits atteint pour sa part 19,6 %, après 18,9 % au deuxième trimestre. Pour les salariés, ces chiffres signalent que la difficulté ne se limite pas à l'absence d'emploi : elle peut aussi prendre la forme d'un volume d'heures insuffisant. Pour les employeurs, le recul de la main-d'œuvre disponible et de l'emploi total traduit un marché moins dynamique, malgré la résistance ponctuelle de l'industrie.
Cette lecture élargie provient de l'Enquête sur la main-d'œuvre du HCP, dont la méthode ne repose plus uniquement sur le chômage. Elle intègre plusieurs formes de sous-utilisation du travail afin de mieux rendre compte des personnes disponibles, découragées ou employées avec un temps de travail trop faible. Au troisième trimestre, l'ensemble de ces indicateurs converge vers le même constat : la dégradation du marché marocain touche à la fois l'accès à l'emploi, la stabilité de l'activité et la quantité de travail effectivement proposée.
- 10,5 % : taux de chômage national au troisième trimestre.
- 173 000 : emplois rémunérés perdus en trois mois.
- 30,5 % : chômage des 15-24 ans.