Washington exhorte Ford à couper les ponts avec des acteurs chinois
Le débat sur la dépendance industrielle vis-à-vis de la Chine a pris une tournure publique et ferme mardi, lorsqu'une lettre du secrétaire américain aux Transports, Sean Duffy, a mis en cause les partenariats de Ford Motor avec plusieurs groupes chinois. Duffy pointe en particulier les relations avec le fabricant de batteries CATL ainsi que des collaborations avec Geely et BYD, estimant qu'elles soulèvent des « profonde(s) inquiétude(s) » de sécurité nationale pour les États-Unis.
« La dépendance de Ford à l'égard de la technologie sous licence du fabricant de batteries chinois CATL pour son usine de Marshall (...) est profondément alarmante », écrit Sean Duffy.
Dans sa lettre au PDG de Ford, Jim Farley, le secrétaire explique que CATL figure sur une liste du Pentagone relative à des entreprises suspectées d'avoir des liens avec l'armée chinoise, et critique la décision de Ford de maintenir la production de la Lincoln Nautilus en Chine jusqu'à au moins 2030. Le message est clair : pour l'administration, ces relations commerciales ne sont pas seulement des choix industriels mais des enjeux de sécurité nationale.
La réponse de Ford et le positionnement industriel
Ford a répliqué par un communiqué qualifiant la lettre de Duffy de « tentative malavisée de faire les gros titres ». Le constructeur rappelle néanmoins ses investissements visant à produire des batteries aux États-Unis et souligne qu'il possède l'usine, qu'il en contrôle l'exploitation et qu'il y emploie de la main-d'œuvre. La firme met ainsi en avant sa stratégie d'intégration industrielle locale malgré des relations commerciales internationales.
Contexte législatif et géopolitique
Cette réaction gouvernementale survient à l'approche d'une rencontre bilatérale attendue entre le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping, et alors que le Congrès réfléchit à un durcissement des règles encadrant l'accès au marché automobile américain pour les constructeurs chinois. Des élus poussent pour des interdictions renforcées, et les grands constructeurs multiplient les appels pour une clarification réglementaire et des dérogations ciblées.
Conséquences pour le secteur, les salariés et les consommateurs
Pour le secteur automobile, l'affaire met en lumière une tension entre trois impératifs : sécuriser les chaînes d'approvisionnement, maîtriser les coûts dans la course à l'électrification, et répondre aux exigences politiques et réglementaires. Concrètement :
- Investissements industriels : la pression politique peut accélérer les projets d'implantation d'usines de batteries sur le sol américain, mais cela exige du temps et de lourds capitaux.
- Salariés : la localisation ou la relocalisation de production crée des emplois industriels, mais aussi des risques de restructuration si des lignes d'approvisionnement sont rompues brusquement.
- Consommateurs : une possible hausse des coûts unitaires des véhicules électriques est à craindre si les constructeurs doivent éviter des sources d'approvisionnement plus compétitives.
Ce que cette affaire dit du commerce et de la sécurité
Au-delà du seul cas Ford, la lettre de l'administration américaine illustre la manière dont les questions industrielles sont désormais traitées comme des sujets de sécurité nationale. Les technologies liées aux batteries et à l'électronique embarquée deviennent des enjeux stratégiques et géopolitiques. Les entreprises européennes et françaises du secteur devront suivre de près ces évolutions réglementaires et diplomatiques : elles redessineront les conditions de la concurrence, les circuits d'approvisionnement et les partenariats internationaux.
Reste à voir si Ford cédera aux pressions politiques ou défendra ses choix commerciaux en arguant des investissements et du contrôle opérationnel de ses sites. Dans tous les cas, la messe n'est pas dite : la partie législative et diplomatique qui s'ouvre va peser fortement sur les décisions d'investissement et la structuration industrielle de la filière véhicules électriques.