Trois réformes qui déplacent les arbitrages autour du PER
La loi de finances pour 2026 a apporté trois modifications au Plan d'Épargne Retraite (PER). Seule celle qui supprime la déductibilité des versements après 70 ans a suscité une large couverture médiatique. Les deux autres, passées plus discrètement, sont pourtant déterminantes pour la stratégie d'épargne : le report des plafonds non consommés passe de trois à cinq ans et la fiscalité de sortie du PER est alourdie, sans que le régime de l'assurance-vie ne soit modifié.
Pris ensemble, ces ajustements ne remettent pas en cause l'intérêt global du PER, mais ils déplacent le moment où il devient fiscalement intéressant de verser et invitent à reconsidérer le traitement fiscal réservé aux gains selon le produit choisi pour les loger.
Ce que change concrètement la loi
- Versements après 70 ans : depuis le 1er janvier 2026, tout versement volontaire effectué à partir du 70e anniversaire du titulaire n'est plus déductible du revenu imposable. Les versements déjà opérés avant cet âge conservent leur régime.
- Report des plafonds : la fraction non utilisée du plafond annuel de déduction, qui se détermine à 10 % des revenus professionnels nets de l'année précédente, peut désormais être reportée sur cinq années au lieu de trois.
- Fiscalité à la sortie : la loi alourdit le régime fiscal applicable lors de la sortie du PER ; le détail des modalités d'imposition dépendra du mode de sortie (rente vs capital) mais la mesure distingue le PER de l'assurance-vie, cette dernière restant inchangée.
Pour situer les montants en jeu : le PASS relevé au 1er janvier 2026 s'établit à 48 060 €, ce qui porte la déduction maximale d'un salarié à 37 680 € pour l'année. Un plancher existe pour les faibles revenus à 4 710 €. Les travailleurs non salariés profitent d'une majoration qui porte leur plafond au-delà de 88 000 €. Enfin, la mesure visant à limiter l'usage « héritage » du PER rappelle que l'abattement successoral applicable reste de 152 500 € par bénéficiaire pour des capitaux transmis.
| Paramètre | Avant 2026 | Depuis 2026 |
|---|---|---|
| Déductibilité après 70 ans | Possible | Supprimée pour les nouveaux versements |
| Report des plafonds | 3 ans | 5 ans |
| Fiscalité à la sortie | Régime antérieur | Alourdie (assurance-vie inchangée) |
Conséquences pratiques pour les épargnants
Ces modifications impliquent plusieurs changements d'arbitrage :
- Les contribuables proches de 70 ans doivent reconsidérer l'intérêt d'effectuer de nouveaux versements déductibles : la fenêtre utile pour la déduction se referme à leur soixantième-dixième anniversaire.
- L'allongement du report des plafonds non utilisés offre deux années supplémentaires pour lisser des versements élevés sur plusieurs exercices, ce qui peut aider à optimiser la déduction sans modifier les montants plafonds.
- Avec une fiscalité de sortie renforcée, il sera nécessaire d'évaluer si les gains doivent être conservés sur PER ou placés sur des enveloppes fiscales différentes, en particulier l'assurance-vie qui n'est pas touchée par ce durcissement.
En conclusion, la loi de finances 2026 redessine les temporalités et les usages du PER : elle limite certaines opportunités de derniers versements déductibles tout en donnant plus de souplesse pour rattraper des plafonds non consommés et en incitant à comparer attentivement la fiscalité de sortie des différents véhicules d'épargne.