Un chômage structurel persistant malgré des décennies d'exonérations
La Réunion enregistre au deuxième trimestre 2026 plus de 209 000 personnes relevant des dispositifs de France Travail, un niveau qui interroge sur l'efficacité des politiques publiques menées depuis des années pour soutenir l'emploi dans le département. Les dispositifs ciblés par l'exonération fiscale et sociale, notamment la LODEOM et le RAFIP, ont été confirmés par le gouvernement, mais les chiffres fournis par France Travail montrent que la précarité et le chômage restent massifs.
Sur ces 209 125 personnes, 112 020 sont totalement sans emploi (catégorie A). En ajoutant les personnes en activité réduite, 152 400 demandeurs d'emploi sont activement contraints de rechercher du travail — un effectif en hausse de 1,6 % sur trois mois. L'ensemble des inscrits dans les catégories A à E atteint 171 170. À ces chiffres s'ajoutent 29 764 personnes en parcours social et 8 191 en attente d'orientation.
| Catégorie | Effectif |
|---|---|
| Catégorie A (sans emploi) | 112 020 |
| Catégories A à E | 171 170 |
| Parcours social | 29 764 |
| En attente d'orientation | 8 191 |
| Total France Travail | 209 125 |
Le maintien des aides confirmé, malgré les critiques
Face à ces données, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a annoncé qu'il n'y aurait pas de réduction des dispositifs. La LODEOM, qui permet des exonérations de cotisations patronales, et le RAFIP, conçu pour soutenir l'investissement productif, seront donc maintenus. Cette décision prolonge une stratégie d'appui direct au monde entrepreneurial qui, selon ses défenseurs, permettrait de préserver l'activité et d'éviter des délocalisations.
« il n’y aura pas de coup de rabot »
Pour les opposants à ce modèle, ces aides perpétuent une dépendance économique vis-à-vis de l'Etat sans régler le problème fondamental : la création d'un tissu productif durable et suffisant pour absorber la main-d'œuvre locale. Les chiffres de France Travail servent d'alerte : des exonérations massives n'ont pas suffi, jusqu'à présent, à réduire substantiellement le chômage structurel.
Ce que cela change pour les salariés et les entreprises
Pour les demandeurs d'emploi, la persistance d'un tel niveau d'inscription signifie un allongement des parcours vers l'emploi, une pression accrue sur les dispositifs d'accompagnement et des risques accrus de précarité. Pour les entreprises, le maintien des exonérations préserve des marges mais n'implique pas automatiquement une hausse d'embauche: la nature des aides — souvent liées au coût du travail — ne compense pas toujours l'absence d'investissements productifs ou la faiblesse de la demande locale.
- Impact social : augmentation du nombre de personnes en parcours social et de celles en attente d'orientation.
- Impact économique : interrogations sur la pertinence des exonérations dans un contexte d'emploi structurellement faible.
- Implication politique : maintien des dispositifs malgré les signaux d'alerte, choix de continuité plutôt que de réforme.
Le débat demeure ouvert : faut-il réorienter les aides vers la création de secteurs d'activité susceptibles d'absorber une main-d'œuvre locale — tourisme durable, filières agroalimentaires, industries locales — ou maintenir des exonérations générales pour soutenir le tissu existant ? Les chiffres publiés par France Travail constituent un rappel brutal : sans une stratégie industrielle et d'emploi adaptée, les exonérations seules peinent à produire le plein emploi.
La République devra trancher entre continuité et réorientation si elle veut transformer ces aides en leviers durables de réduction du chômage outre-mer. En l'état, La Réunion reste un laboratoire où se mesurent l'efficacité et les limites des politiques d'aides au patronat mises en œuvre depuis des décennies.