Une réforme qui raccourcit les droits et multiplie les exclus
Depuis le début de 2026, la réforme du système d’assurance-chômage introduite par le gouvernement De Wever limite à 24 mois la durée maximale de versement des allocations pour un grand nombre de demandeurs d’emploi. Appliquée par vagues, cette mesure a conduit à la suppression progressive des indemnités pour des catégories variées de bénéficiaires : d’abord les personnes sans emploi depuis plus de 20 ans, puis celles inscrites depuis 8 à 20 ans, ensuite les chômeurs de 2 à 8 ans, et enfin, au 1er juillet, les demandeurs arrivés au terme de 24 mois d’indemnisation.
Une ampleur nationale : 171 615 exclusions
Selon les chiffres communiqués par l’Onem, ces vagues cumulées représentent 171 615 personnes concernées au niveau national. Face à ce basculement rapide, les services sociaux locaux et les centres publics d’action sociale (CPAS) font état d’une surcharge de travail et d’une montée des situations sociales complexes.
Une surprise : la 4e vague ne rime pas avec jeunesse
Une analyse réalisée par la mutualité socialiste Solidaris, fondée sur les notifications de fin de droits envoyées par l’Onem et sur leurs propres données administratives et de remboursement des soins, apporte un éclairage détaillé. Les affiliés de Solidaris représentent 47 % des exclus des quatre premières vagues, soit 81 227 personnes.
"On ne sait pas"
Contrairement aux attentes, la pyramide des âges relative à la quatrième vague révèle une forte présence de personnes âgées de 55 à 64 ans. Or cette vague concernait a priori des chômeurs moins éloignés de l’emploi (au plus 24 mois d’inactivité). Le constat indique que la réforme touche significativement des publics proches de la retraite ou en difficulté de réinsertion malgré une durée de chômage relativement courte.
Conséquences pratiques pour les salariés et les employeurs
- Pour les demandeurs d’emploi : perte de revenus et recours accru aux aides sociales locales ; difficultés potentielles pour se maintenir dans un parcours professionnel sans filet d’indemnisation.
- Pour les services sociaux : afflux de demandes d’accompagnement, orientation vers l’aide sociale communale et pression sur les CPAS et agences d’insertion.
- Pour les employeurs : possible hausse des candidatures de profils seniors en situation de grande précarité, avec des besoins d’adaptation et de formation spécifiques.
Quelques données-clés
| Vague | Date d'effet | Categorie concernée |
|---|---|---|
| 1ère | Début 2026 | Chômeurs > 20 ans |
| 2e | 1er mars 2026 | Chômeurs 8–20 ans |
| 3e | 1er avril 2026 | Chômeurs 2–8 ans |
| 4e | 1er juillet 2026 | Chômeurs arrivés à 24 mois |
| Total d'exclus selon l'Onem : 171 615 (Solidaris : 81 227 affiliés = 47 %) | ||
En l’état, ces données posent la double question de l’efficacité sociale de la réforme et de la capacité des dispositifs d’accompagnement à absorber un flux massif de personnes sans indemnisation. Les premiers retours des acteurs de terrain laissent craindre une augmentation des besoins en aide sociale et en accompagnement personnalisé pour des publics parfois éloignés de l’emploi mais proches de la retraite.
La suite dépendra des réponses des pouvoirs publics et des organismes de protection sociale pour éviter que la fin des droits ne se traduise systématiquement par une aggravation de la précarité.