Un afflux de bénéficiaires et une baisse des compensations qui pèsent
Le CPAS de Viroinval, en Belgique, vient de dresser un bilan sans équivoque : la combinaison des exclusions du chômage et d'une modification des mécanismes de compensation a entraîné une augmentation considérable de la charge de travail et des pressions financières.
Les chiffres fournis par la direction sont parlants : 114 bénéficiaires du revenu d'insertion (RIS) au 1er janvier 2026, 172 au 30 juin. Et la période d'exclusions débutée le 1er juillet n'était pas encore comptabilisée dans ces totaux. Parallèlement, la compensation versée aux CPAS pour ces RIS est réduite : elle tombe à 60 % à partir du 1er juillet, transférant la part restante de la charge sur les pouvoirs locaux.
"Je suis fière de nos équipes... malgré une charge de travail énorme, accumulée en très peu de temps." — Nathanaëlle Berger, directrice générale
Des prévisions dépassées, une réalité plus lourde
Les élus avaient anticipé une hausse de dossiers autour de 30 %, mais la pratique est différente : selon le président du CPAS, Alain Bouko, l'augmentation observée atteint entre 80 et 90 %. Cette divergence traduit non seulement l'ampleur du phénomène d'exclusion, mais aussi la difficulté des projections lorsque des réformes nationales modifient brutalement les règles d'accès aux allocations.
Le CPAS note aussi un effet de bascule lié aux parcours d'insertion : deux tiers des personnes remises à l'emploi l'ont été via des Articles 60 (emplois subsidiés, souvent dans des associations). Après un an, ces personnes retrouvent l'indemnisation chômage ; mais lorsqu'elles en tombent à nouveau, elles risquent d'être exclues et de revenir demander un RIS, créant un cycle qui alourdit les dossiers à moyen terme.
Conséquences budgétaires locales
Malgré la tension sur l'activité, l'exercice 2025 du CPAS se clôture avec un boni propre de 153 000 €, résultat rendu possible grâce à une dotation communale. Sans cette aide, l'institution aurait affiché un déficit de 1,265 million €. Les investissements dans une maison de repos continuent, selon la direction financière, de peser sur la dette et sur l'équilibre ordinaire : le mali annuel d'exploitation reste proche de 100 000 €.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Bénéficiaires RIS au 01/01/2026 | 114 |
| Bénéficiaires RIS au 30/06/2026 | 172 |
| Exclus du chômage en octobre (cas évoqués) | 121 |
| Exclus ayant demandé un RIS | 81 |
| Part des compensations aux CPAS depuis 01/07 | 60 % |
| Augmentation réelle estimée des dossiers | 80–90 % |
| Boni 2025 (grâce à la dotation communale) | 153 000 € |
| Déficit sans dotation | 1,265 million € |
Ce que cela change pour les acteurs concernés
- Pour les demandeurs d'emploi : le basculement entre dispositifs (Articles 60, chômage, RIS) crée des trajectoires instables ; certaines personnes risquent de tomber dans un cycle d'exclusion et de précarité.
- Pour les équipes du CPAS : la montée soudaine des dossiers entraîne une surcharge de travail, en particulier pour l'accompagnement social et administratif des nouveaux bénéficiaires.
- Pour les finances locales : la diminution des compensations publiques accroît la dépendance aux dotations communales et fragilise la capacité d'investissement pour les services essentiels (ex. maison de repos).
Au-delà du cas de Viroinval, ces éléments posent une question politique plus large : la répartition des conséquences financières et humaines des réformes d'indemnisation du chômage entre niveaux de pouvoir. La capacité des communes et des CPAS à absorber ces chocs dépendra de transferts budgétaires adaptés et d'un pilotage anticipatif de ces transitions pour éviter d'aggraver la précarité des personnes affectées.
Le CPAS de Viroinval illustre comment, sur le terrain, des changements réglementaires provoquent des effets rapides et lourds. Reste à voir si des mécanismes complémentaires de soutien seront activés au niveau régional ou national pour soulager les services locaux et accompagner durablement les personnes concernées.