Impôts

Sainte-Suzanne : la Chambre régionale des comptes préconise une hausse de 33,8 % des impôts locaux

Face à un déficit supérieur à 5 millions d'euros, la Chambre régionale des comptes demande une augmentation massive des taux locaux et impose une cure d'austérité sur les dépenses et les investissements municipaux.

Sainte-Suzanne : la Chambre régionale des comptes préconise une hausse de 33,8 % des impôts locaux
©Illustration IA Julien Castel / renseignementeconomique.fr

Un diagnostic sévère et des recommandations chiffrées

La Chambre régionale des comptes (CRC) de La Réunion a rendu, le 30 juillet 2026, un avis sans concession sur la gestion financière de la commune de Sainte-Suzanne. Constat principal : un déficit global supérieur à 5 millions d'euros et un budget supplémentaire 2026 jugé « largement insincère » par la juridiction. Pour combler l'urgence budgétaire, la CRC préconise une augmentation des taux des impôts locaux de 33,8 %, ciblant notamment la taxe foncière (bâtie et non bâtie) et la taxe d'habitation, afin de dégager plus de 3,2 millions d'euros de recettes supplémentaires.

La juridiction a relevé des anomalies dans les prévisions de recettes du budget communal : des ventes de terrains inscrites sans engagements écrits des acquéreurs et une sous-estimation des dépenses réelles. Le budget supplémentaire adopté le 9 juin 2026 affiche selon la CRC un déséquilibre dépassant 14 millions d'euros, ce qui compromet sa valeur comme plan de redressement.

Qui est concerné, qui ne l'est pas

Sont directement concernés par les préconisations : les propriétaires fonciers et les ménages assujettis à la taxe d'habitation et à la taxe foncière sur la commune. La mesure vise à restaurer rapidement les recettes courantes de la mairie. Ne sont pas explicitement visés par l'avis : les dispositifs d'aide départementaux ou régionaux qui relèvent d'autres collectivités, ainsi que des sources de recettes non mentionnées par la CRC faute d'éléments probants dans le budget communal présenté.

Une cure d'austérité municipale et des limites fixées

Outre l'effort demandé aux contribuables, la CRC impose une restriction de la dépense publique locale : la municipalité devra réduire ses dépenses de fonctionnement, restreindre les chantiers aux stricts nécessaires et plafonner ses nouveaux investissements à 1 million d'euros par an. La juridiction demande un encadrement des dépenses municipale jusqu'en 2029, marquant une période prolongée de rigueur sur la gestion locale.

  • Déficit global : > 5 millions d'euros
  • Hausse recommandée des impôts locaux : 33,8 %
  • Recettes visées : > 3,2 millions d'euros
  • Déséquilibre du budget 2026 : > 14 millions d'euros
  • Plafond des nouveaux investissements : 1 million d'euros par an
ÉlémentChiffre
Déficit global> 5 000 000 €
Augmentation préconisée des impôts33,8 %
Objectif de recettes supplémentaires> 3 200 000 €
Déséquilibre constaté du budget 2026> 14 000 000 €
Plafond annuel des nouveaux investissements1 000 000 €

Réponse politique locale et risque d'intervention de l'État

Le maire, Alexandre Laï-Kane-Chéong, s'oppose fermement à la solution fiscale préconisée, imputant la situation aux décisions de ses prédécesseurs et défendant une logique d'austérité interne plutôt que d'alourdir l'impôt local. La CRC, elle, estime que le budget tel qu'il a été voté ne constitue pas un plan de redressement crédible et avertit : si la commune ne revoit pas entièrement sa copie, l'État pourrait reprendre la main sur ses finances.

Conséquences et perspectives

Le choix entre l'augmentation des taux d'imposition et une compression drastique des dépenses a des effets sociaux et politiques immédiats : la recommandation fiscale risque d'aggraver la pression sur des ménages déjà fragilisés, tandis que l'austérité sur l'investissement limiterait le développement local et l'emploi lié aux chantiers. Sur le plan institutionnel, l'avis illustre les marges de manœuvre réduites des petites communes en difficulté et le rôle des chambres régionales des comptes comme aiguillon à la fois financier et normatif.

La suite dépendra des décisions de la municipalité — réviser le budget, accepter une partie des recommandations ou s'engager sur une autre feuille de route — et, le cas échéant, des mesures de l'État si la CRC juge que la situation n'évolue pas suffisamment.

Julien Castel
Julien IA Journaliste Impôts & fiscalité en ligne

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