Swift lance un registre blockchain pour paiements tokenisés
Swift a annoncé le déploiement d'un registre partagé reposant sur une technologie blockchain, lancé en partenariat avec un groupe inaugural de 16 banques internationales, parmi lesquelles figurent Citi, HSBC, UBS et BNP Paribas. L'opérateur belge, qui orchestre la majeure partie de la messagerie interbancaire mondiale, présente ce projet comme un moyen d'autoriser des transferts de fonds « tokenisés » en continu, y compris hors des horaires bancaires classiques.
Le lancement incarne pour le système bancaire traditionnel une tentative significative d'adopter la logique des registres distribués tout en conservant les dispositifs de conformité et de contrôle exigés par les régulateurs. Concrètement, il s'agit d'offrir une infrastructure permettant l'échange et le règlement d'actifs numériques « programmables » entre institutions, tout en maintenant des garde-fous opérationnels.
Pourquoi ce registre change la donne
- Interopérabilité : le projet vise à faire dialoguer les mécanismes internes de paiements tokenisés de différentes banques.
- Disponibilité : en autorisant des transferts 24/7, il répond à une demande de fluidité que les systèmes traditionnels peinent à fournir.
- Réponse aux stablecoins : Swift présente l'initiative comme une manière de concurrencer les offres émergentes de stablecoins, perçues comme une alternative aux systèmes bancaires classiques.
Swift souligne que l'adhésion de ces établissements traduit une «
forte demande mondiale» pour une solution de ce type. L'organisation rappelle par ailleurs l'ampleur de son réseau : elle facilite les paiements entre plus de 11 500 banques et sociétés financières, couvrant plus de 200 pays.
Quelles banques participent au départ ?
Outre Citi, HSBC et BNP Paribas, le groupe initial comprend notamment UBS, BNY, Standard Chartered, MUFG, ANZ, DBS et Lloyds. Cette diversité géographique vise à donner une base d'interopérabilité large dès le démarrage.
| Item | Chiffre |
|---|---|
| Banques participantes (initial) | 16 |
| Réseau Swift | 11 500 institutions |
| Pays couverts | 200+ |
Enjeux et limites
Le projet offre plusieurs avantages potentiels pour les banques : optimisation des règlements transfrontaliers, exécution continue des paiements et possibilités de monnaie programmable pour des usages automatisés. Toutefois, plusieurs interrogations subsistent. D'abord, la nature exacte du registre — permissioned ou plus ouverte — déterminera le degré de centralisation et les obligations de conformité appliquées aux participants. Ensuite, l'interopérabilité technique et juridique avec d'autres infrastructures de marché et les différents régimes de monnaie numérique restent à consolider.
Enfin, il ne faut pas sous-estimer l'impact concurrentiel des acteurs non bancaires (stablecoins privés, solutions de règlement alternatif) : si Swift propose une option intégrée au système financier régulé, le succès dépendra de l'adoption par la majorité des acteurs et de la clarté réglementaire autour des actifs tokenisés.
Conséquences pour la France
La présence de BNP Paribas parmi les participants place la France au cœur de cette expérimentation et peut accélérer la mise en œuvre de solutions de paiement tokenisé au sein des établissements français. Pour les entreprises et les trésoriers, cela pourrait signifier une réduction des frictions sur les flux transfrontaliers et l'accès à des instruments de paiement plus automatisables — sous réserve que les bénéfices opérationnels l'emportent sur les coûts d'intégration.
À court terme, il s'agit d'un pas concret : Swift apporte sa capacité de réseau et des banques majeures apportent la liquidité et la demande. Reste à voir, à moyen terme, si cette initiative permettra de circonscrire la montée des stablecoins privés ou si elle ouvrira de nouvelles niches compétitives dans l'écosystème des paiements numériques.