Temasek Holdings, le fonds souverain de Singapour dont le portefeuille valait 518 milliards de dollars singapouriens (environ 400 milliards de dollars US), a déclaré qu’il n’ajoutera «pas» de nouvelles expositions aux cryptomonnaies, préférant recentrer ses investissements sur l’intelligence artificielle.
Un retrait motivé par la réglementation et une perte liée à FTX
Interrogé par CNBC, Nagi Hamiyeh, président de Temasek Global Investments, a mis en avant l’incertitude réglementaire comme principal moteur de cette décision. Le fonds a aussi rappelé une dépréciation persistante liée à l’effondrement de l’exchange FTX en 2022, chiffrée à 275 millions de dollars, qui pèse encore sur ses comptes.
« Je ne peux pas prévoir ce qu’il se passera à l’avenir, ni le rôle que la crypto jouera dans l’économie réelle, car cela dépend des différentes réglementations qui pourraient entrer en vigueur. »
Temasek affirme ne détenir aucune position directe en crypto à ce jour. Le choix de ne plus accroître son exposition illustre une prudence accrue parmi les investisseurs institutionnels face à des coûts de conformité en hausse et des délais d’autorisation allongés dans un environnement réglementaire renforcé à Singapour.
Une bascule nette vers l’intelligence artificielle
Le rapport du groupe indique qu’en mars l’IA représentait environ 6 % des actifs détenus. L’objectif annoncé est d’atteindre 15 % d’ici 2031, soit une multiplication par 2,5 de cette part sur la prochaine décennie. Nagi Hamiyeh estime que le cycle d’investissement dans l’IA ne fait que commencer, tout en avertissant que certaines valorisations paraissent déjà déconnectées des fondamentaux.
| Rubrique | Chiffre |
|---|---|
| Valeur nette du portefeuille | 518 Mds SGD (~400 Mds USD) |
| Part IA actuelle | 6 % |
| Objectif IA 2031 | 15 % |
| Dépréciation liée à FTX | 275 M USD |
Conséquences pour l’écosystème crypto
- La décision renforce une tendance de prudence institutionnelle : des acteurs majeurs peuvent limiter leur appétit pour le secteur tant que le cadre légal reste flou.
- Elle souligne l’impact financier concret d’événements passés (FTX) sur la perception du risque auprès des investisseurs souverains et des gestionnaires d’actifs.
- Le basculement vers l’IA alimente la rotation des capitaux vers les technologies jugées à plus fort potentiel de croissance, ce qui peut créer des pressions sur les valorisations dans les deux secteurs.
Sur le plan macroéconomique, la posture de Temasek peut peser sur l’attractivité de Singapour pour certains fournisseurs de services crypto qui ont déjà réévalué leur présence après le renforcement des règles locales. Pour les acteurs français confrontés aux mêmes débats réglementaires, l’exemple singapourien agit comme un signal : la clarté des règles et le coût de la conformité influencent directement l’arrivée — ou le retrait — des capitaux.
Reste une part d’incertitude. Si l’IA est désormais la cible prioritaire des investissements, Temasek admet ne pas pouvoir prédire le rôle final que joueront les cryptomonnaies dans l’économie. Ce positionnement est pragmatique : il combine l’évitement des risques immédiats identifiables (défaillances d’acteurs, incertitudes juridiques) avec une allocation croissante vers une thématique perçue comme structurante mais déjà sujette à «bulles» de valorisation.
À court terme, cette annonce ne signifie pas la fin des cryptomonnaies, mais elle illustre la sensibilité des grands investisseurs aux antécédents opérationnels et aux évolutions réglementaires, facteurs qui continueront de façonner la liquidité institutionnelle dans le secteur.