Un investisseur majeur se retire après une présentation mal maîtrisée
Un épisode révélateur des tensions entre monde politique et sphère crypto : Nic Carter, associé de Castle Island Ventures, affirme avoir refusé de rejoindre World Liberty Financial (WLFI), le projet crypto lié à la famille Trump, après une réunion en 2024 à Miami où le cofondateur Steve Witkoff n'aurait pas su expliquer le produit.
Selon le récit rapporté par New York Magazine et relayé dans les médias, Carter reproche à Witkoff une présentation techniquement limitée et une méconnaissance des fondamentaux de la crypto et de la finance décentralisée (DeFi). Le portage politique du projet et l'urgence affichée — vouloir lancer avant l'élection pour profiter du statut privé de Donald Trump — auraient également pesé dans la décision.
« Il ne savait pas ce qu'était la crypto ou la DeFi. Il ne savait pas quel était leur argumentaire »,
déclare Nic Carter, qui ajoute que le mot « meme coin » aurait même été prononcé comme « me-me coins », un détail qui a contribué à son scepticisme.
Tokenomics et mesures contestées
Le Gold Paper de WLFI, cité dans les comptes rendus, apparaît centré sur une unique utilité : la gouvernance. Les détenteurs ne recevraient ni rendement ni dividende, ce qui place la valeur du token uniquement sur l'attrait pour le contrôle plutôt que sur des flux économiques.
Parallèlement, des décisions techniques et de gouvernance soulèvent des questions :
- 20 % des jetons alloués à chaque investisseur ont été libérés à l'ouverture
- Seuls 31,8 % de l'offre totale sont aujourd'hui en circulation
- Un calendrier de déblocage prévoit la libération du reste à partir de 2028
- Un ajout au smart contract permet de geler n'importe quel wallet, modification intervenue huit jours avant l'ouverture des échanges
Ces éléments posent des questions de liquidité, de gouvernance effective et de confiance pour des investisseurs externes, qui peuvent craindre des restrictions unilatérales sur des avoirs numériques.
Performance de marché : chute rapide après l'ouverture
Le jeton WLFI a connu une ouverture remarquée mais volatile : cours record à 0,3313 $ le 1er septembre 2025, puis une chute de près de 40 % avant la fin de la session. Le prix s'échange désormais autour de 0,055 $, selon les données publiées.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Cours record (1er sept. 2025) | 0,3313 $ |
| Cours actuel | 0,055 $ |
| Baisse enregistrée | ~40 % |
| % offre circulante | 31,8 % |
| % jetons libérés initialement | 20 % |
| Déblocage prévu | À partir de 2028 |
Conséquences pour la gouvernance et le financement
Le récit de l'investisseur met en lumière deux risques fréquemment évoqués dans les levées crypto associées à des figures politiques : la course au lancement pour des raisons extra-économiques, et des mécanismes de contrôle centralisés qui s'opposent aux principes décentralisés vantés par la DeFi. Dans ce cas précis, la possibilité de geler des wallets et la faible part de jetons en circulation renforcent la fragilité perçue du projet.
Enfin, le refus public d'un acteur reconnu comme Nic Carter — tout en ayant voté pour Donald Trump en 2024, selon les sources — illustre que l'alignement politique ne suffit pas à convaincre des spécialistes de la crypto : l'argumentaire produit, la clarté de la proposition de valeur et la robustesse technique restent déterminants pour attirer des conseillers et des fonds.
À court terme, WLFI devra répondre aux critiques sur son modèle et ses choix techniques si elle veut stabiliser son cours et rassurer investisseurs et détenteurs. Le cas rappelle que la réputation d'un projet dépend autant de ses ambitions politiques que de sa capacité à présenter des mécanismes économiques et techniques crédibles.