Un rythme économique qui plaide pour une Fed plus restrictive
Pour Yardeni Research, la situation macroéconomique américaine laisse peu de place à la complaisance. La firme souligne que les deux principaux moteurs de la croissance — la consommation des ménages et l'investissement des entreprises — montrent une dynamique soutenue, susceptible d'entretenir des pressions inflationnistes si la politique monétaire n'est pas durcie.
Les derniers chiffres cités par Yardeni confirment cette tendance : au deuxième trimestre, la consommation réelle a progressé de 3,3%, tandis que l'investissement fixe non résidentiel a bondi de 8,4%. Parallèlement, les déflateurs du PIB, indicateurs larges des pressions sur les prix, ont augmenté de 4,3% pour le global et de 3,8% pour le sous-jacent en glissement annuel. Ces données forment, selon Yardeni, un argument factuel en faveur d'une politique monétaire moins accommodante.
Un autre élément structurel vient renforcer ce diagnostic : le déploiement massif des technologies d'intelligence artificielle. Yardeni reprend des estimations de Bank of America selon lesquelles les dépenses d'infrastructure cloud liées aux grands acteurs pourraient atteindre 860 milliards de dollars cette année et approcher 1 200 milliards de dollars en 2027. Ce flux d'investissements est interprété comme un véritable programme de stimulus pour l'économie, prolongeant ainsi la période d'expansion.
« sont en plein essor »
Sur le plan politique, Yardeni note une division croissante au sein des responsables de la Réserve fédérale : certains estiment que des hausses supplémentaires de taux ne seront nécessaires que si l'inflation ne converge pas vers 2%, d'autres préconisent d'agir plus vite. La firme cite notamment des prises de position récentes de responsables régionaux — Neel Kashkari (Fed de Minneapolis) et Jeff Schmid (Fed de Kansas City) — penchants pour des mesures plus restrictives.
Signes de marché et conséquences concrètes
Les marchés semblent déjà intégrer cette possibilité : le rendement des bons du Trésor à deux ans se situe nettement au‑dessus du taux directeur, témoignant d'une anticipation de resserrement. Sur le plan conjoncturel, l'activité des services reste robuste, avec un PMI à 54,1 et des lectures élevées sur les prix payés par les entreprises. En revanche, Yardeni relève une donnée contrastée : le rapport ADP de juillet a fait état de seulement 44 000 emplois, signe que le marché du travail pourrait offrir quelques marges de manœuvre au resserrement.
Pour la France et l'Europe, un durcissement plus marqué de la Fed se traduirait par des taux mondiaux plus élevés, un renforcement du dollar et des pressions à la hausse sur le coût des emprunts souverains et privés. Ces mouvements peuvent freiner l'investissement et peser sur la croissance si les banques centrales européennes répliquent en hausse ou si les conditions financières se resserrent fortement.
Points à surveiller
- Évolution des déflateurs du PIB américains aux prochains trimestres pour confirmer la tendance inflationniste.
- Décisions et discours de membres de la Fed : intensification du langage hawkish ou temporisation.
- Réactions des marchés obligataires (notamment le rendement à 2 ans) et des changements de prime de risque pour les pays européens.
| Indicateur | Valeur citée |
|---|---|
| Consommation réelle (T2) | +3,3% |
| Investissement fixe non résidentiel (T2) | +8,4% |
| Déflateur PIB global (YoY) | +4,3% |
| Déflateur PIB sous-jacent (YoY) | +3,8% |
| PMI services | 54,1 |
| Rapport ADP — emplois (juillet) | 44 000 |
| Dépenses cloud prévues (Bank of America) | 860 Md$ (cette année) → 1 200 Md$ (2027) |
En synthèse, Yardeni considère que la combinaison d'une demande domestique solide, d'investissements technologiques massifs et d'une inflation encore loin de l'objectif justifie une Fed plus dure. Pour les acteurs économiques français, cela signifie surveiller de près la trajectoire des taux américains — car elle déterminera en grande partie les conditions financières internationales à court et moyen terme.