Le basculement du chômage vers l’aide sociale s’accélère à Charleroi et contredit les projections officielles. Entre le 1er janvier et le 31 mai 2026, 3606 personnes ayant perdu leurs droits au chômage ont demandé un revenu d’intégration sociale (RIS) au CPAS. Rapporté aux 4636 exclusions recensées par l’Onem sur le territoire, cela représente 74 % des personnes radiées se présentant au CPAS, là où le gouvernement, dit « Arizona », tablait sur 33 %. Dans le même temps, 59 % de l’ensemble des exclus ont effectivement obtenu le RIS.
Ce que disent les chiffres
| Indicateur | Volume / Part |
|---|---|
| Personnes ayant perdu les allocations (Onem) | 4636 |
| Demandes de RIS déposées (01/01 au 31/05/2026) | 3606 |
| Part des exclus demandant le RIS | 74 % |
| Part des exclus obtenant le RIS | 59 % |
| Hypothèse gouvernementale initiale | 33 % |
« On est très loin des 33 % annoncés par le gouvernement Arizona »
Le président du CPAS de Charleroi, Philippe Van Cauwenberghe, souligne que les demandes continuent d’affluer quotidiennement. Une nouvelle étape du dispositif a par ailleurs démarré le 1er juillet, avec une quatrième vague d’exclusions, ce qui laisse augurer une pression durable sur les services sociaux.
Conséquences concrètes pour les personnes et pour les services
Pour les chômeurs radiés, la demande de RIS n’est pas une simple formalité. Elle implique un examen des ressources, un suivi administratif et, le cas échéant, des engagements d’insertion. Le glissement massif vers le CPAS change la nature de l’accompagnement : du régime d’assurance-chômage, on passe à l’aide sociale, avec des droits et des obligations différents, et souvent un niveau de ressources plus contraint.
- Pour les demandeurs d’emploi : un parcours d’accès au droit plus long et plus exigeant, avec un risque de rupture de revenus en cas de délai.
- Pour les services sociaux : une montée des dossiers à instruire, des besoins d’accompagnement socio-professionnel accrus et des arbitrages à opérer pour absorber l’afflux.
- Pour les employeurs : un signal sur l’offre de travail potentielle ; la bascule vers le RIS peut éloigner certains profils du marché si les parcours d’insertion ne sont pas suffisamment soutenus.
Le fait que 59 % des exclus finissent par obtenir le RIS montre que, pour une majorité, l’absence de revenus de remplacement n’est pas tenable sans soutien. Pour les autres, la situation peut relever d’un refus, d’une inadmissibilité, d’un retour vers l’emploi ou d’autres ressources : à ce stade, les données disponibles ne détaillent pas leurs trajectoires.
Une réforme contestée par la réalité du terrain
Les chiffres carolorégiens mettent à l’épreuve les hypothèses fédérales. L’écart entre le ratio observé des demandes (74 %) et le taux anticipé (33 %) interroge la calibration de la réforme : évaluations budgétaires de l’aide sociale, moyens dédiés à l’instruction des dossiers, et articulation avec l’accompagnement à l’emploi. Si la trajectoire se confirme avec la quatrième vague, l’enjeu se déplacera encore davantage vers les CPAS, qui devront concilier urgences sociales et stratégies d’insertion durable.
À surveiller dans les prochaines semaines
- L’évolution du flux de demandes au CPAS depuis le 1er juillet.
- Le taux d’octroi du RIS parmi les nouveaux exclus et ses éventuelles variations.
- La capacité des services à maintenir un accompagnement vers l’emploi malgré la hausse des dossiers.
Au-delà du débat chiffré, l’enjeu reste humain et professionnel : comment éviter que l’exclusion des allocations ne se traduise par un enlisement dans l’aide sociale ? La réponse se jouera, concrètement, dans la qualité de l’accès aux droits et des parcours d’insertion proposés aux personnes concernées.