Un pays coutumier des crises face à un test décisif
Longtemps épinglée comme l’une des économies les plus exposées aux défauts souverains, l’Argentine tente de rompre avec un passé de turbulences. Le rappel historique est saisissant: sur la base de l’ouvrage de référence de Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, l’Espagne compterait 13 défauts contre 9 pour l’Argentine. Rapporté à la durée d’existence de chaque État, la hiérarchie s’inverse toutefois: depuis 1816, l’Argentine aurait connu un défaut en moyenne tous les 23 ans, contre 42 ans pour l’Espagne. Ce contexte explique l’ampleur du défi engagé à Buenos Aires depuis fin 2023.
Une inflation brisée, mais pas encore la stabilité des prix
Deux ans et demi après l’arrivée au pouvoir de Javier Milei, la trajectoire des prix a nettement changé. L’inflation annuelle, qui flirtait avec environ 290% au printemps 2024, est retombée à 33,5%. En rythme mensuel, la variation des prix est passée de 25,5% en décembre 2023 à 1,9% en juin 2026. La dynamique d’hyperinflation redoutée s’est donc atténuée. Pour autant, le pays demeure loin d’un ancrage durable de l’inflation à bas niveau.
| Indicateur | Période | Valeur |
|---|---|---|
| Défauts (Espagne) | Sur 8 siècles (référence) | 13 |
| Défauts (Argentine) | Sur 8 siècles (référence) | 9 |
| Fréquence moyenne des défauts (Argentine) | Depuis 1816 | Un tous les 23 ans |
| Fréquence moyenne des défauts (Espagne) | Depuis 1816 | Un tous les 42 ans |
| Inflation annuelle (pic) | Printemps 2024 | Environ 290% |
| Inflation annuelle | Dernier point cité | 33,5% |
| Inflation mensuelle | Décembre 2023 | 25,5% |
| Inflation mensuelle | Juin 2026 | 1,9% |
Le pivot: rompre avec la création monétaire des déficits
Cette phase de désinflation ne s’explique pas d’abord par une politique de taux classique. Le mouvement repose sur une transformation plus profonde: mettre fin à la domination budgétaire, c’est-à-dire stopper le financement de dépenses publiques chroniquement supérieures aux recettes par l’émission de monnaie via la banque centrale. Pendant des décennies, les déficits ont été absorbés, directement ou indirectement, par la création de pesos, alimentant un excès de liquidité et l’érosion du pouvoir d’achat. En s’attaquant à ce mécanisme, les autorités ont tari une source récurrente de pressions inflationnistes.
« cancer inflationniste »
Cette expression, attribuée au pouvoir exécutif à son arrivée, résume l’ambition: traiter la cause, pas seulement les symptômes. La décrue récente des prix est cohérente avec l’arrêt de la monétisation de la dette publique décrit par les données disponibles.
Une victoire d’étape, pas un aboutissement
Le repli des indices de prix change le scénario macroéconomique: le risque d’embrasement incontrôlé s’éloigne. Mais un niveau annuel de 33,5% reste incompatible avec une stabilité des anticipations. La séquence actuelle prouve que la mécanique inflationniste peut être brisée quand le budget cesse de primer sur la monnaie. La question suivante – non tranchée par les chiffres à ce stade – est la durabilité de cette discipline budgétaire et monétaire dans le temps, condition d’un ancrage nominal solide.
Pourquoi cela compte pour les investisseurs et les entreprises
- Le reflux de l’inflation réduit le risque extrême perçu sur les actifs argentins, en particulier la dette, même si la prime de risque demeure élevée avec une inflation encore forte.
- Une banque centrale moins sollicitée par le Trésor assainit le régime monétaire, avec des effets potentiels sur la volatilité du peso et la valorisation des entreprises locales.
- La fréquence historique des défauts rappelle toutefois que l’amélioration reste conditionnée à la poursuite de l’ajustement budgétaire.
À surveiller
Les prochaines publications d’inflation mensuelle permettront de confirmer, ou non, la consolidation vers de faibles rythmes de hausse des prix. En parallèle, l’évolution de la trajectoire budgétaire sera déterminante pour éviter le retour de pratiques qui ont, par le passé, ravivé les tensions inflationnistes.