Un rythme d’expansion préservé, mais plus fragile
Selon les perspectives publiées par l’Amundi Investment Institute pour le second semestre 2025, l’économie mondiale devrait éviter la récession et maintenir une croissance proche de 3% en 2026. Cette trajectoire repose sur une dynamique nourrie par les investissements liés à l’intelligence artificielle et par les stratégies d’autonomie industrielle des grandes puissances. Elle reste toutefois sous tension, entre incertitudes géopolitiques, inflation encore supérieure aux objectifs des banques centrales et risques de concentration sur les marchés financiers.
Le scénario central évoque une désescalade « fragile » au Moyen-Orient et un baril de pétrole stabilisé entre 80 et 90 dollars d’ici la fin de l’année. Un tel niveau contribuerait à réduire la pression énergétique sans étouffer l’activité, limitant le risque de basculement en récession, même si plusieurs prévisions de croissance ont été légèrement revues à la baisse.
Des moteurs inégaux selon les zones et les secteurs
La résilience globale masque des disparités marquées. Dans les économies avancées, le cadre budgétaire se tend : l’augmentation des dépenses dites « stratégiques » — défense, énergie, infrastructures — accroît les besoins de financement et peut entretenir une volatilité durable des taux. En parallèle, la désinflation progresse mais les prix restent au-dessus des cibles des principales banques centrales, ce qui limite leur marge de manœuvre.
Pour les entreprises, ce contexte implique des arbitrages plus serrés entre investissement et coût du capital. Les secteurs soutenus par l’IA ou la réindustrialisation stratégique conservent un avantage relatif, mais la dispersion de performance pourrait s’accroître, au détriment des modèles plus sensibles aux cycles de taux et à l’énergie.
Politiques monétaires : une divergence plus marquée
La note d’Amundi prévoit un statu quo des taux directeurs pour la Réserve fédérale et pour plusieurs banques centrales de marchés émergents. À l’inverse, la Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon seraient attendues sur un relèvement d’ici la fin de l’année, signe d’une priorité donnée à l’ancrage des anticipations d’inflation plutôt qu’au soutien conjoncturel.
| Banque centrale | Orientation attendue |
|---|---|
| Réserve fédérale (États-Unis) | Taux inchangés |
| Marchés émergents (principales) | Taux inchangés |
| Banque centrale européenne | Relèvement d'ici fin d'année |
| Banque d'Angleterre | Relèvement d'ici fin d'année |
| Banque du Japon | Relèvement d'ici fin d'année |
Cette configuration inédite renforcera la différenciation des devises et des conditions financières. Pour les acteurs européens, l’hypothèse de hausses de taux supplémentaires suggère un environnement de financement potentiellement plus coûteux que celui des États-Unis à court terme, alors même que les besoins d’investissement restent élevés.
Énergie, inflation et financement : ce que cela change
- Énergie : un pétrole à 80–90 dollars amortirait les chocs récents tout en évitant un redémarrage inflationniste trop marqué côté coûts d’entrée.
- Inflation : en reflux mais au-dessus des cibles, elle contraint les banques centrales à maintenir un biais restrictif, pesant sur la demande de crédit.
- Taux et marchés : la volatilité des rendements peut persister, portée par les besoins budgétaires et par les réallocations sectorielles post-IA.
Dans les économies avancées, la combinaison de dépenses publiques stratégiques et de trajectoires de croissance modérées pose un défi de financement. Le maintien d’un écart entre inflation réalisée et cible renforce l’impératif de crédibilité pour les autorités monétaires, ce qui milite contre des assouplissements rapides.
Perspectives pour les entreprises et les ménages
Pour les entreprises, l’équation reste la même : sécuriser l’accès à l’énergie, gérer le coût de la dette et cibler les segments portés par les transformations structurelles (numérique, robotisation, automatismes industriels). La prime aux bilans solides pourrait se renforcer à mesure que la dispersion de performance s’amplifie.
Côté ménages, l’incertitude sur l’inflation et les taux prolonge des conditions financières exigeantes, même si la stabilisation des prix de l’énergie atténuerait les chocs sur le pouvoir d’achat. À l’échelle globale, la croissance proche de 3% reste synonyme d’activité soutenue mais moins homogène, exposée à des retournements rapides en cas de regain de tensions géopolitiques.
Un cap tenu, des marges réduites
Au total, la perspective d’une croissance mondiale « préservée » tient à la normalisation progressive de l’énergie et au souffle de l’investissement technologique. Mais le cadre de politique économique demeure contraint : budgets plus lourds, inflation encore trop haute, et banques centrales focalisées sur l’ancrage des anticipations. La résilience s’affirme, la visibilité reste limitée.