Conflit sur la table : transparence des matières premières et statut des fournisseurs
La Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui représente la majorité des grandes enseignes françaises, a posé deux conditions strictes pour participer au comité préparatoire des négociations commerciales convoqué par le gouvernement le 28 octobre. Sans ces garanties, la fédération annonce qu'elle ne sera pas présente à la réunion, plaçant l'exécutif face à un risque d'impasse au moment où la baisse du pouvoir d'achat reste une priorité politique.
La première exigence porte sur une plus grande transparence des industriels concernant le coût des matières premières agricoles. La FCD rappelle l'existence de la loi Egalim 2 (2021) et des trois dispositifs qu'elle prévoit pour sécuriser la part non négociable des matières premières dans les prix alimentaires. Elle conteste aujourd'hui l'usage d'un des mécanismes autorisés et demande que seuls deux des outils prévus soient employés lors des prochaines négociations.
| Mécanisme prévu par Egalim 2 | Description |
|---|---|
| Communication par matière première agricole | Transmission de la part de chaque ingrédient agricole constituant le produit. |
| Présentation de la proportion globale | Indication de la part cumulée des matières premières agricoles dans le tarif. |
| Recours à un tiers indépendant | Certification externe attestant que la négociation n’a pas couvert l’évolution des prix liée aux matières premières agricoles. |
La FCD juge insuffisant le recours au tiers certificateur : pour elle, cette option ne donne pas aux distributeurs une visibilité précise sur le poids exact des matières premières dans les tarifs industriels. Elle réclame donc que fournisseurs et industriels fournissent prioritairement les deux premiers types d'informations.
La seconde demande de la fédération est d'adapter les règles de négociation à la taille des fournisseurs. Elle souligne la vulnérabilité financière de nombreuses PME face aux pratiques communes de négociation et attire l'attention sur les niveaux de rentabilité affichés par certains grands groupes agroalimentaires, évoquant des marges brutes proches de 50 % et des marges nettes supérieures à 10 %. Selon la FCD, appliquer des conditions identiques à tous les fournisseurs risquerait d'étouffer les entreprises les plus fragiles et, in fine, de peser sur les prix vers le consommateur.
- Risque d'absence de la FCD à la réunion gouvernementale du 28 octobre.
- Demande d'exclusion du tiers certificateur parmi les trois mécanismes d'Egalim 2.
- Souhait de règles différenciées selon la taille des fournisseurs pour préserver les PME.
Ces revendications arrivent dans un contexte déjà tendu : les agriculteurs subissent les effets de la sécheresse et des vagues de chaleur estivales, tandis que la pression sur le budget des ménages reste élevée. Si la fédération obtient gain de cause, les négociations pourraient aboutir à une pratique plus détaillée de reporting des coûts agricoles par les industriels, offrant théoriquement une meilleure traçabilité du prix payé en rayon. En revanche, un maintien du désaccord pourrait conduire à une confrontation public-privé visible et retarder toute avancée susceptible d'avoir un effet rapide sur le pouvoir d'achat.
Pour les consommateurs, la question se résume à ceci : comment garantir que le prix payé au supermarché reflète mieux les coûts réels en amont, sans fragiliser des acteurs essentiels de la filière ? La tenue ou le boycott du 28 octobre fournira une première réponse à cette interrogation.