Un recul du marché du travail, visible dans les chiffres
L'Insee publie une photographie qui rompt avec la narration du plein-emploi : le taux de chômage au sens du Bureau international du travail se fixe à 8,1 % de la population active, contre 7,9 % le trimestre précédent et 7,4 % un an plus tôt. Il s'agit du cinquième trimestre consécutif de hausse et du niveau le plus élevé depuis 2021.
Sur le plan des effectifs, la France compte désormais 2,6 millions de chômeurs, soit 68 000 personnes supplémentaires par rapport à l'automne dernier. Ces données placent à nouveau la question du retour à l'emploi au cœur des priorités publiques et nous ramènent aux objectifs affichés : l'ambition présidentielle de ramener le chômage à 5 % d'ici la fin du mandat apparaît désormais difficilement atteignable au rythme observé.
Des profils inégalement affectés
La dégradation n'est pas homogène. Le chômage des hommes augmente de 0,3 point sur le trimestre pour atteindre 8,5 %, son niveau le plus élevé depuis 2021, tandis que celui des femmes reste quasi stable à 7,7 %. Les jeunes demeurent la catégorie la plus exposée : le taux des 15-24 ans culmine à 21,1 %, en hausse de 2 points sur un an. Le chômage de longue durée touche désormais 2 % de la population active, signalant des difficultés persistantes pour les publics éloignés de l'emploi.
Un « artefact » administratif qui pèse sur les chiffres
Une part importante de la hausse tient moins à une détérioration immédiate du marché qu'à un changement statistique provoqué par une réforme : depuis début 2025, la loi pour le plein emploi a inscrit automatiquement à France Travail les bénéficiaires du RSA et certains jeunes suivis par les missions locales. Ce basculement administratif explique à lui seul près de la moitié de la hausse cumulée du taux de chômage observée sur les cinq derniers trimestres.
- Effet visible : des personnes jusque-là hors des radars statistiques apparaissent désormais comme demandeurs d'emploi.
- Effet réel : une partie de la hausse traduit néanmoins un ralentissement économique qui pèse sur les recrutements.
- Conséquence sociale : l'augmentation du chômage de longue durée et le niveau très élevé chez les jeunes compliquent l'insertion et la formation.
Ce que cela change pour les salariés et les employeurs
Pour les demandeurs d'emploi, la visibilité accrue des services peut ouvrir un meilleur accompagnement, mais la compétition pour les postes risque de se renforcer à court terme. Pour les employeurs, la situation offre une réserve de candidats plus large mais pose la question de l'adéquation des compétences et du coût d'un accompagnement renforcé. Pour les décideurs publics, il s'agit de distinguer l'effet statistique de la dégradation effective afin d'ajuster les politiques d'emploi et la formation.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Taux de chômage (BIT) | 8,1 % |
| Taux trimestre précédent | 7,9 % |
| Taux un an plus tôt | 7,4 % |
| Nombre de chômeurs | 2,6 millions |
| Jeunes 15-24 ans | 21,1 % |
| Chômage de longue durée | 2 % |
La lecture des chiffres impose donc une double vigilance : mesurer l'impact réel du ralentissement économique sur l'emploi et évaluer dans quelle mesure les réformes administratives modifient la perception du marché du travail. L'enjeu est concret pour les politiques publiques : orienter les moyens vers la montée en compétences des jeunes, la réinsertion des chômeurs de longue durée et l'accompagnement à l'emploi là où les besoins sont avérés.