Un chiffre stable mais socialement insoutenable
L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) publie un constat net : le taux de pauvreté est resté stable en 2024 en France métropolitaine, à 15,4 % de la population. Cette stabilisation masque toutefois un niveau record depuis la mise en place de cet indicateur, et des fragilités persistantes pour plusieurs catégories de la population.
Qu'entend-on par seuil de pauvreté ?
L'Insee retient la définition usuelle : le seuil de pauvreté correspond à 60 % du revenu médian. En 2024, le revenu médian pour une personne seule est estimé à 2 228 euros par mois ; le seuil de pauvreté pour une personne seule est donc fixé à 1 337 euros par mois. Autrement dit, près d'une personne sur six disposait de ressources inférieures à ce seuil.
Qui est le plus touché ?
- Chômeurs : la proportion de personnes au-dessous du seuil atteint 36,1 % et se stabilise.
- Familles monoparentales : touchées à hauteur de 34 %, en légère baisse de 0,3 point.
- Retraités : le taux de pauvreté des retraités diminue pour rejoindre celui des actifs, à 10,4 %.
- Travailleurs pauvres : la part progresse, passant de 8,3 % à 8,5 %.
- Enfants : la pauvreté infantile reste élevée, à 22,4 %.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Taux de pauvreté global (2024) | 15,4 % |
| Revenu médian (personne seule) | 2 228 € / mois |
| Seuil de pauvreté (60 % du médian) | 1 337 € / mois |
Les causes et les limites des progrès récents
L'Insee souligne que le redressement des revenus des personnes les plus modestes tient à plusieurs facteurs : une situation de l'emploi encore « assez bien orientée », des revalorisations du SMIC, des pensions de retraite et des prestations sociales, ainsi qu'un ralentissement de l'inflation. Mais ces gains sont partagés : les niveaux de vie du milieu de l'échelle ont aussi bénéficié de ces effets et ont donc limité la réduction des inégalités relatives.
En 2023, l'Insee avait déjà observé une détérioration : 650 000 personnes étaient tombées sous le seuil de pauvreté, conséquence notamment de l'arrêt des aides exceptionnelles déployées en 2022. Ce recul des soutiens temporaires continue d'avoir des effets durables sur les trajectoires de pauvreté.
« Une stabilité statistique n’est pas une victoire sociale »
Le collectif Alerte, réunissant 37 associations de lutte contre la précarité, a dénoncé la situation dans un communiqué cité par la presse : « La pauvreté reste à un niveau historique inacceptable et continue de s’enraciner ». Il appelle le gouvernement à faire de l'éradication de la grande pauvreté une priorité politique. Ce point rejoint l'observation de l'Insee sur la progression des inégalités, portée par la montée des revenus les plus élevés.
Conséquences et enjeux pour les politiques publiques
La persistance d'un taux de pauvreté élevé pose plusieurs défis : maintien de la cohésion sociale, coût pour les politiques de santé et d'éducation, et pression sur les aides sociales. Le glissement de la pauvreté vers certaines catégories - travailleurs pauvres et enfants notamment - montre que le problème n'est pas seulement lié à l'absence d'emploi, mais aussi à la qualité des emplois et au niveau des revenus du travail.
Pour réduire durablement la pauvreté, les leviers disponibles incluent l'amélioration des revenus du travail (salaires, heures), la revalorisation ciblée des minima sociaux, et des politiques familiales renforcées. L'Insee fournit des données qui permettront d'évaluer l'impact des décisions à venir ; reste la question politique de la volonté et des priorités budgétaires.