Une hausse généralisée des barèmes
Les banques françaises ont commencé septembre en relevant leurs taux de crédit immobilier, selon les premiers barèmes remontés par plusieurs courtiers. La hausse observée touche toutes les durées et s'inscrit dans un mouvement entamé au printemps, poussé par des conditions de financement plus onéreuses sur le marché obligataire.
Combien ?
Les corrections sont modestes mais systématiques : les écarts relevés vont généralement de +0,10 à +0,20 point d'un établissement à l'autre. Les niveaux moyens communiqués par les courtiers se situent autour de :
| Durée | Youfinancer (moy.) | Pretto (moy.) | Cafpi (août) |
|---|---|---|---|
| 15 ans | 3,40% | 3,43% | 3,23% |
| 20 ans | 3,50% | 3,54% | 3,43% |
| 25 ans | 3,60% | 3,61% | 3,53% |
Ces chiffres confirment une tendance déjà perceptible en août : par exemple, Cafpi avait alors constaté une progression par rapport à juillet de +0,07, +0,13 et +0,10 point respectivement sur 15, 20 et 25 ans.
Des emprunteurs touchés de manière inégale
Les courtiers notent que l'impact varie selon le profil des emprunteurs. Pretto relève une hausse plus marquée pour les revenus modestes : pour les ménages gagnant jusqu'à 40 000 euros nets annuels, la hausse atteint environ +0,15 point sur 15, 20 et 25 ans. Entre 40 000 et 80 000 euros, la progression se situe autour de +0,10 à +0,12 point, puis elle s'atténue pour les revenus supérieurs : +0,09 à +0,10 point au-dessus de 80 000 euros, et seulement +0,05 point pour les revenus au-delà de 120 000 euros.
« La rentrée marque un changement de ton sur le marché du crédit immobilier. Après avoir absorbé une partie de la hausse des taux de marché pour préserver leur production, les banques commencent à réduire leurs marges de négociation »,
Cette remarque, signée Pierre Chapon (Pretto), illustre le basculement : les banques, qui jusque-là avaient en partie protégé l'accessibilité des prêts en comprimant leurs marges, estiment visiblement que la hausse des coûts de refinancement est suffisamment persistante pour être partiellement répercutée sur les emprunteurs.
Origines et risques de poursuite de la hausse
La première explication pointe vers le marché obligataire : l'OAT 10 ans, référence du financement d'État français, évolue depuis plusieurs semaines au-dessus de 4%, renchérissant le coût des ressources pour les prêteurs. À cela s'ajoute la reprise de l'inflation en Europe, qui participe à maintenir des taux longs plus élevés.
- Pour les futurs emprunteurs : la capacité d'emprunt diminue — mensualités ou apport requis augmentent.
- Pour le marché immobilier : un ralentissement des montées de prix pourrait survenir si la demande se tasse.
- Pour les banques : la normalisation des marges limite les risques sur la profitabilité mais pèse sur le volume de production de crédits.
Que surveiller dans les semaines à venir ?
La trajectoire future dépendra principalement de l'évolution des taux longs et de l'inflation. Si l'OAT continue d'augmenter, il est probable que d'autres banques ajustent encore leurs barèmes. Reste la capacité des emprunteurs à négocier : la période où les banques donnaient plus de marge de manœuvre semble terminée, au moins pour l'instant. Les opérateurs du marché garderont par ailleurs un œil sur les réactions des autorités et des régulateurs si la hausse du coût du crédit venait à peser fortement sur l'accès au logement.