Un déficit de placements longs qui pèse sur le financement des retraites
Depuis la Seconde Guerre mondiale, la France a fait le choix d’un système majoritairement par répartition. Ce modèle, conçu pour répondre à l’urgence sociale et économique de l’après-guerre, a été renforcé par des engagements politiques et syndicaux. Aujourd’hui, le pays paie le prix de cette orientation : les fonds de pension et les autres dispositifs d’épargne retraite capitalisée représentent une part très limitée des ressources mobilisables pour financer l’économie et les pensions.
Les chiffres donnent la mesure du retard : les cotisations liées aux produits d’épargne retraite pèsent moins de 6 % des cotisations totales des régimes par répartition et les prestations issues de ces produits représentent moins de 3 % du total — alors que, au sein de l’OCDE, ce ratio atteint en moyenne 15 %. Malgré la création du Plan d’épargne retraite (PER) par la loi PACTE en 2019, l’allocation des patrimoines des ménages demeure peu tournée vers l’actionnariat et le financement de long terme.
Le cas suédois : un compte simple, une fiscalité incitative
La Suède a développé, parmi ses initiatives, un produit désormais emblématique : l’Investeringssparkonto (ISK), lancé en 2012. Son succès tient à une combinaison de simplicité et d’incitation fiscale. Plutôt que d’imposer les revenus, dividendes et plus-values au moment de leur réalisation, le régime fiscal de l’ISK applique une taxation annuelle forfaitaire calculée sur la valeur moyenne du portefeuille. Cette mécanique réduit la complexité pour l’investisseur et favorise l’entrée d’un plus grand nombre de ménages sur les marchés financiers.
- 2012 : création de l’ISK en Suède.
- 2019 : mise en place du PER en France (loi PACTE).
- Moins de 3 % : part des prestations issues de produits d’épargne retraite dans le total français.
Ce que cela implique pour la politique française
S’inspirer du modèle suédois ne signifie pas copier-coller un dispositif, mais tirer des leçons pratiques : fiscalité lisible, faibles coûts d’entrée, mécanismes favorisant l’investissement en actions et en financement long des entreprises. Ces éléments pourraient contribuer à augmenter la part de l’épargne destinée au capital-risque productif et, à terme, alléger la pression sur le système par répartition en diversifiant les sources de financement.
La discussion dépasse la simple technique fiscale : elle touche à des choix de société (protection sociale universelle, rôle de l’État, solidarité intergénérationnelle) et à la capacité des gouvernements successifs à combiner incitations au placement et sécurité pour les épargnants. Tout ajustement nécessite des simulations, des garde-fous réglementaires et une pédagogie claire pour éviter que les ménages modestes ne soient exposés à des risques disproportionnés.
À court terme, renforcer l’attractivité du PER, simplifier les mécanismes fiscaux et encourager des produits adaptés aux petits épargnants sont des pistes concrètes. À plus long terme, une allocation d’épargne plus favorable au capital productif pourrait soutenir la croissance et, indirectement, la soutenabilité des retraites par répartition.