Un projet pour réveiller l'épargne belge
Le gouvernement fédéral examine une solution destinée à canaliser une partie des sommes déposées par les ménages vers les marchés financiers : la création d'un compte d'investissement soumis à un prélèvement annuel forfaitaire à la suédoise. L'objectif affiché est d'alimenter la croissance nationale sans augmenter immédiatement la dépense publique, en supprimant plusieurs impôts sur les produits financiers et en les remplaçant par un impôt unique basé sur la valeur du compte.
Contexte macroéconomique et objectif politique
La proposition intervient dans un contexte jugé préoccupant : la Belgique affiche une croissance de 0,5 % sur l'année écoulée et doit faire face au « défi » de trouver 10 milliards d'euros pour le prochain exercice budgétaire, rappelle la presse flamande. Les responsables souhaitent mobiliser l'épargne disponible — plus de 300 milliards d'euros dits « dormants » sur les livrets — pour financer l'économie réelle et, à terme, stimuler l'emploi et la productivité.
Le modèle suédois : un prélèvement annuel autour de 1 %
La piste retenue pour inspiration est le compte suédois. En Suède, l'impôt appliqué sur ce type de comptes est d'environ 1 % par an, avec une exonération jusqu'à près de 28 000 euros. Sur le papier, cette solution remplace la taxation des revenus de placement (précompte), des plus-values et des opérations de Bourse par un prélèvement simple et prévisible.
| Élément | Chiffre (source) |
|---|---|
| Épargne sur livrets en Belgique | +300 milliards € |
| Croissance économique (année écoulée) | 0,5 % |
| Prélèvement suédois | ~1 % |
| Exonération suédoise | ~28 000 € |
Réactions et limites pointées
Plusieurs économistes et observateurs se montrent sceptiques. Ils mettent en garde contre les simplifications et les effets d'incitation mal calibrés. L'une des critiques relayées est que le mécanisme, présenté comme une « simplification », risque en réalité d'ajouter une couche de complexité fiscale et d'avoir des effets redistributifs indésirables selon le niveau d'exonération et le taux retenu.
"C'est l'exemple typique de la fausse bonne idée. On dit qu'on va simplifier le système alors qu'on va le rendre plus complexe"
Conséquences possibles pour les épargnants
Pour les ménages, les arbitrages ne seraient pas neutres. Un prélèvement annuel modulé peut avantager ceux qui privilégient l'investissement à long terme en actions, mais il peut pénaliser des épargnants conservateurs ou les petits porteurs selon le niveau d'exonération. La conversion d'une taxation sur les flux (revenus, plus-values) en une taxation sur le stock (valeur du compte) change la logique fiscale et la sensibilité du contribuable aux fluctuations des marchés.
Points d'attention avant toute mise en œuvre
- Détermination du taux annuel et du seuil d'exonération : clé pour l'équité.
- Effets sur la fiscalité des ménages déjà imposés sur leurs revenus de portefeuille.
- Risques de déplacement de l'épargne vers d'autres produits non visés.
La discussion reste ouverte : le modèle suédois fournit un cadre inspirant, mais la transposition à la Belgique soulève des choix cruciaux de conception. Leur impact sur la répartition des charges fiscales entre épargnants, sur l'attrait pour l'investissement en actions et sur la complexité administrative devra être examiné de près avant toute décision.