Un bilan contrasté pour l’emploi des seniors
Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan (HCSP) a remis, le 22 juillet 2026, un rapport qui dresse un panorama détaillé de la situation des travailleurs âgés de 55 à 64 ans en France. Le taux d’emploi de cette tranche est de 60 % en 2024, soit nettement inférieur à la moyenne européenne qui atteint 65 %. Le document souligne des progrès notables depuis la fin des années 1990, mais insiste sur l’existence d’inégalités importantes selon l’âge et le profil professionnel.
La photographie change fortement quand on segmente la tranche. Parmi les 55-59 ans, 78 % sont en activité, un niveau en réalité légèrement supérieur à la moyenne de l’Union européenne. En revanche, chez les 60-64 ans, la part des actifs chute : un peu plus de quatre personnes sur dix restent en emploi, un écart significatif avec plusieurs pays nordiques qui affichent des taux proches de 70 %.
Qui est laissé sur le bord du chemin ?
Le rapport met en évidence des sorties précoces du marché du travail concentrées sur des profils exposés physiquement ou faiblement qualifiés. À 61 ans, plus d’un quart des personnes ne sont ni en emploi ni à la retraite, situation souvent liée à des problèmes de santé ou à un handicap. Ces trajectoires concernent plus particulièrement les ouvriers et les employés peu qualifiés.
- Chômage : les plus de 50 ans sont moins souvent au chômage (5 %) que les 25-49 ans (6,7 %).
- Durée d’inscription : un demandeur d’emploi de plus de 50 ans reste inscrit en moyenne 582 jours, contre 311 jours pour les 25-49 ans.
- Chômage de longue durée : parmi les demandeurs d’emploi de plus de 50 ans, 40,6 % sont au chômage depuis au moins un an, contre 24 % pour les 25-49 ans.
Des leviers identifiés au-delà du seul âge de départ
Les auteurs du HCSP estiment que pousser uniquement sur le levier de l’âge de départ à la retraite ne suffira pas. Ils proposent plusieurs pistes complémentaires visant à maintenir les seniors dans l’emploi ou à faciliter des transitions moins brutales entre activité et retraite. Ces orientations cherchent à agir sur des déterminants variés : conditions de travail, aménagement des postes, prise en compte des incapacités et meilleure adaptation des parcours professionnels.
Concrètement, le rapport encourage à repenser l’organisation du travail pour réduire l’usure professionnelle, à développer des dispositifs de formation adaptés aux parcours tardifs, et à renforcer les passerelles vers des emplois moins pénibles. Il pointe aussi la nécessité d’un suivi spécifique des publics vulnérables — notamment les travailleurs peu qualifiés — qui connaissent des sorties anticipées et des difficultés de retour à l’emploi.
Conséquences pour les salariés et les employeurs
Pour les salariés concernés, la conclusion est double : il existe désormais de meilleures chances de rester actifs plus longtemps, mais la probabilité de tomber dans un chômage long demeure élevée si la perte d’emploi survient après 50 ans. Pour les entreprises, le rapport invite à anticiper des démarches de maintien en emploi : adaptation des postes, formations ciblées, prévention des risques physiques et prise en compte des contraintes de santé.
| Indicateur | 55-64 ans (France, 2024) | Comparaison |
|---|---|---|
| Taux d’emploi | 60 % | Moyenne UE : 65 % |
| Taux d’emploi 55-59 ans | 78 % | Supérieur à la moyenne UE |
| Durée moyenne d’inscription à France Travail | 582 jours | 25-49 ans : 311 jours |
Le rapport du HCSP constitue un outil d’aide à la décision : il met en regard données et propositions opérationnelles. Les prochaines étapes relèveront de la capacité des autorités publiques à traduire ces recommandations en politiques de soutien, et des employeurs à intégrer ces orientations dans leurs pratiques RH afin de limiter les sorties précoces du marché du travail et réduire le risque de chômage de longue durée chez les seniors.