Le principe posé, les modalités attendues
Le document de programme 2026-2031 présenté devant le Parlement le 19 octobre propose la création d’un « revenu de solidarité pour la vieillesse ». L’objectif affiché : compléter la protection des personnes âgées qui n’ont pas pu constituer de droits contributifs suffisants, en inscrivant cette prestation dans le cadre de l’aide sociale directe.
Le principe est formulé de façon claire dans le chapitre consacré à la protection contre la vieillesse et le risque de perte d’emploi, mais les éléments pratiques restent absents : le programme ne précise ni le montant éventuel, ni l’âge minimal d’ouverture du droit, ni la date à laquelle les demandes pourront être déposées. Le nombre de bénéficiaires potentiels n’est pas chiffré non plus.
« Les personnes âgées qui n’ont pas pu constituer des droits contributifs suffisants verront leur protection complétée par un revenu de solidarité pour la vieillesse »
Pourquoi cette mesure ? Le constat démographique et social
La proposition répond à une réalité documentée : un nombre important de personnes âgées n’apparaissent pas comme retraitées au sens strict et restent vulnérables sur le plan des revenus. Selon l’étude « Les personnes âgées au Maroc : analyse issue du RGPH de 2024 » (Haut-Commissariat au Plan / UNFPA-Maroc, décembre 2025) :
- 5 millions de Marocains étaient âgés de 60 ans et plus en 2024, soit environ 14% de la population ; ce total pourrait atteindre 6 millions dès 2030.
- Au recensement 2024, seulement 19,2% des seniors se déclaraient retraités.
- De fortes inégalités selon le sexe et le lieu de résidence : 32,4% des hommes se déclaraient retraités contre 6,7% des femmes ; 26,8% dans les villes contre 5,9% dans les campagnes.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Population 60 ans et + (2024) | ~5 000 000 |
| Part des seniors déclarés retraités (2024) | 19,2% |
| Retraités — hommes | 32,4% |
| Retraités — femmes | 6,7% |
| Retraités — villes | 26,8% |
| Retraités — campagnes | 5,9% |
Ce que l'on sait et ce qui doit être précisé
Le texte indique que la prestation « s’inscrira dans le système d’aide sociale directe » et visera les situations de « dénuement réel ». Mais plusieurs questions essentielles demeurent :
- Quel sera l’âge d’ouverture du droit ? (âge légal de départ à la retraite, ou seuil spécifique pour l’aide sociale ?)
- Quel niveau de ressource permettra d’accéder à cette aide et comment sera évaluée la notion de « dénuement réel » ?
- Comment la nouvelle prestation se coordonnera avec les régimes contributifs existants et les autres dispositifs d’assistance sociale ?
- Quelle estimation budgétaire et quel calendrier de déploiement pour la période 2026-2031 ?
Conséquences possibles
Si la mesure est mise en place, elle pourrait réduire la précarité d’une partie des seniors — en particulier les femmes et les habitants des zones rurales — et répondre aux inquiétudes liées au vieillissement démographique. Mais son impact dépendra directement des critères d’éligibilité, du montant accordé et des capacités d’administration des services sociaux sur le terrain.
Sans ces éléments, la présentation dans le programme reste une promesse de principe : elle ouvre une fenêtre politique pour améliorer la protection des personnes âgées, tout en laissant au futur arbitrage budgétaire le soin de définir l’ampleur concrète de la mesure.
Ce qu’il faudra suivre
- La publication d’un projet de décret ou d’une loi détaillant les conditions d’accès, le montant et l’âge d’ouverture.
- Les estimations d’impact budgétaire et le calendrier de mise en œuvre pour 2026-2031.
- Les mesures d’accompagnement pour l’identification des bénéficiaires, notamment en milieu rural et parmi les femmes âgées.
En résumé : le gouvernement pose un principe sociallement significatif — un revenu visant à protéger les seniors sans droits contributifs suffisants —, mais renvoie aux prochaines étapes la définition des conditions concrètes et des moyens.