Un recul généralisé des ventes malgré une consommation en valeur qui reste soutenue
À Maurice, la consommation finale augmente en valeur mais son poids dans l’économie se réduit : un paradoxe qui illustre la pression sur le pouvoir d’achat. Commerçants et gérants de magasins rapportent une baisse significative de l’activité, liée à la hausse des prix, à la réduction de certaines allocations et à des arbitrages de dépenses opérés par les ménages.
Des baisses de ventes variables mais profondes
Les témoignages recueillis font état d’un recul de la demande très hétérogène selon les secteurs. Plusieurs acteurs parlent d’une chute notable des ventes, allant de faibles replis à des effondrements de la clientèle sur certaines catégories de produits.
- Commerce alimentaire : les commerçants signalent un changement dans le comportement d’achat, certains clients faisant plus d’achats au compte ou revenant au crédit.
- Électroménager et ameublement : fortes réductions des achats jugés non urgents, au profit des dépenses alimentaires.
- Grande distribution : des chaînes et supermarchés constatent une contraction des ventes particulièrement marquée ces derniers mois.
« Les clients achètent moins et certains reviennent au crédit », explique Muhammad Shabaan Boodhoo, gérant de Boodhoo Cold Storage.
Quelques chiffres relevés sur le terrain
Les responsables de points de vente ont fourni des estimations de l’impact :
| Secteur | Évolution rapportée | Commentaires |
|---|---|---|
| Ventes globales (commerce) | -10 % à -60 % | Amplitude selon le secteur et la période récente |
| Électroménager | -30 % | Diminution de la demande, hausse des prix (~10 %) |
| Meubles | — | Hausse des prix d'environ 20 %, impactant la demande |
| Supermarchés | -50 % à -60 % | Baisse accentuée ces deux à trois derniers mois |
Conséquences concrètes pour les ménages et les commerçants
Pour les foyers, la priorité revient aux dépenses contraintes : alimentation et produits de première nécessité. Les achats différés — électroménager, ameublement, biens durables — sont reportés, ce qui se traduit par un effet immédiat sur le chiffre d’affaires des magasins. Plusieurs commerçants constatent aussi un retour au crédit « classique » : achats comptant remplacés par des règlements en fin de mois ou des carnets, signe d’une trésorerie domestique tendue.
Enjeux et signaux à surveiller
Cette situation pose plusieurs questions pour l’économie mauricienne et peut offrir des enseignements pour d’autres pays confrontés à une inflation importée ou à des réductions d’aides sociales :
- La durabilité des marges des commerçants si la demande structurellement baisse ;
- Le recours accru au crédit de proximité et ses risques pour la solvabilité des ménages ;
- L’éventuelle modification des assortiments en magasin, avec une plus grande part consacrée aux produits de première nécessité.
Si la tendance se confirme, les prochains mois détermineront si la consommation en valeur pourra se maintenir sans soutien ciblé aux ménages ou sans ajustements tarifaires, ou si le recul de la demande entraînera des fermetures et des pertes d’emploi dans les secteurs les plus touchés.
Sarah Lemoine
Renseignement Économique — rubrique Pouvoir d'achat