Le président LFI de la commission des Finances, Éric Coquerel, a remis sur la table une idée ambitieuse : puiser dans l'épargne privée pour financer une partie des besoins d'investissement de la France — transition écologique, transports, numérique, logement. L'édifice proposé repose sur plusieurs mesures ciblées, dont une augmentation du plafond du Livret A et la création d'un nouveau produit d'épargne, surnommé par ses promoteurs le «Livret B», ainsi qu'une volonté assumée de déloger une partie des capitaux de l'assurance-vie.
Des chiffres lourds — et un objectif précis
Coquerel évalue le patrimoine financier des ménages à environ 6 600 milliards d'euros et vise à mobiliser 500 milliards d'euros sur cinq ans, soit environ 100 milliards par an. Pour atteindre ce volume, il propose notamment de relever le plafond du Livret A, qui est aujourd'hui fixé à 22 950 euros par personne (hors intérêts capitalisés), à 30 000 euros.
Selon le député, cette réorientation de l'épargne compléterait les recettes tirées du budget présenté par la majorité insoumise, estimées à 106 milliards d'euros supplémentaires, sans pour autant les remplacer.
"Si chaque année nous arrivons à drainer 100 milliards d'euros pour qu'au bout de cinq ans nous arrivions à drainer 500 milliards d'investissement, la chose serait finalement assez positive et facile à faire."
Quels leviers ?
- Rehausser le plafond du Livret A (22 950 € → 30 000 €) pour capter davantage d'encours sécurisé.
- Créer un nouveau produit d'épargne public ou encadré — le «Livret B» — destiné à orienter l'épargne vers des projets d'intérêt général.
- Rendre l'assurance‑vie moins attractive afin de réorienter une partie des flux financiers vers ces produits et vers des investissements publics.
Conséquences pour les épargnants et le marché
Une hausse du plafond du Livret A permettrait à des ménages disposant d'épargne significative d'augmenter leurs dépôts protégés et fiscalement simples, ce qui modifierait la composition des encours collectés par les réseaux bancaires et la Caisse des Dépôts. La création d'un nouveau produit public poserait des questions de rémunération, de liquidité et de gouvernance : pour convaincre les épargnants, il faudra afficher soit un rendement attractif, soit des garanties fortes, ou les deux.
Rendre l'assurance‑vie «moins intéressante» — formule employée par des responsables évoquant la manœuvre — risquerait d'entraîner une redistribution des actifs, avec des effets potentiels sur les marchés financiers et sur le financement des entreprises si les capitaux quittent les supports investis en actions et obligations.
À court et moyen terme
Sur le plan politique, la proposition a franchi un jalon : Coquerel indique avoir fait adopter un amendement en commission des Finances pour relever le plafond du Livret A. Le chemin législatif reste toutefois long et devra affronter débats économiques, techniques et juridiques — notamment sur la compatibilité avec les règles de concurrence, la place de la Caisse des Dépôts et la protection des épargnants.
| Indicateur | Valeur actuelle | Proposition |
|---|---|---|
| Plafond Livret A | 22 950 € | 30 000 € |
| Patrimoine financier des ménages | 6 600 milliards € | |
| Objectif mobilisé | 500 milliards € sur 5 ans (≈ 100 milliards €/an) | |
Le débat touche à l'équilibre entre recettes publiques et interventions sur l'épargne privée : si la conversion d'une part importante des encours en financement d'investissements publics peut accélérer certains projets, elle pose aussi la question du rôle des produits d'épargne existants et des conséquences pour la diversification et la sécurité des placements des ménages. Les arbitrages techniques et politiques qui suivront détermineront l'ampleur réelle d'une telle transformation.