Un mécanisme de financement masqué derrière le Livret A
Le projet de loi de finances pour 2027 a introduit une ligne budgétaire inédite intitulée « Soutien financier au nouveau nucléaire français » (programme 387), dotée de 137,8 millions d'euros pour 2027. Cette somme ne finance pas directement les chantiers des six réacteurs EPR2, mais couvre une partie des intérêts liés au montage financier prévu entre l'État, la Caisse des Dépôts (et son Fonds d'épargne) et la société de projet d'EDF.
Comment le Livret A est impliqué
Le Fonds d'épargne, qui gère notamment des encours issus des Livrets A, LDDS et LEP, pourra prêter jusqu'à 60 milliards d'euros à la société de projet d'EDF — soit environ 60 % du coût estimé de construction des six réacteurs, chiffré à 72,8 milliards d'euros (en euros de 2020). L'État garantit ce prêt à 100 %, capital et intérêts compris, jusqu'au 31 décembre 2090.
Un taux bonifié pendant la construction
Les conditions prévues dans le projet de loi indiquent que la société de projet bénéficierait d'un taux de 0 % d'intérêt pendant la construction, puis d'un taux fixe de 3 % à partir de la mise en production des EPR2. La ligne de 137,8 M€ inscrite pour 2027 vise à combler l'écart entre le taux que pourrait accepter EDF et le taux nécessaire pour le Fonds d'épargne.
- Montant susceptible d'être prêté : 60 milliards d'euros (jusqu'à 60 % du devis).
- Coût total estimé : 72,8 milliards d'euros (en euros 2020) pour six réacteurs.
- Garantie de l'État : 100 % du prêt, capital et intérêts, jusqu'en 2090.
- Calendrier : décision finale d'investissement d'EDF attendue fin 2026 ; dotation budgétaire inscrite au PLF 2027.
Conséquences pour l'épargne réglementée et l'État
Concrètement, cela signifie que des ressources issues des livrets réglementés — instruments détenus par des millions de ménages — seront mobilisées pour prêter à la société de projet d'EDF. Le Fonds d'épargne n'est pas un acteur extérieur : il doit rémunérer les dépôts qui lui sont confiés. Pour compenser le différentiel de taux pendant la phase de construction, l'État a prévu d'abonder son budget à hauteur d'au moins 137,8 M€ pour 2027. Autrement dit, une part du coût de cet arrangement sera supportée par le contribuable via la dépense budgétaire, et une autre via la mise à disposition d'encours d'épargne réglementée au profit d'un projet d'investissement public-privé.
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Ligne budgétaire 2027 | 137,8 M€ |
| Prêt possible du Fonds d'épargne | 60 Mds€ |
| Coût estimé des six EPR2 | 72,8 Mds€ (euros 2020) |
| Taux pendant construction | 0 % |
| Taux en production | 3 % |
Un montage pensé comme une protection pour EDF
Le dispositif protège EDF d'une part du coût de financement en confiant une part substantielle de l'endettement au Fonds d'épargne, sous garantie complète de l'État. Du point de vue du gouvernement, il s'agit de permettre la réalisation d'un projet d'infrastructure majeur tout en limitant l'impact sur les comptes d'EDF à court terme. Pour les titulaires de Livret A, la traduction concrète est plus diffuse : leurs dépôts participent, via la mécanique de prêt du Fonds d'épargne, au financement d'un chantier nucléaire d'envergure dont le risque et les retours s'étalent sur des décennies.
Questions et arbitrages
Ce montage pose plusieurs questions d'arbitrage public : quel niveau de rémunération est jugé « soutenable » pour EDF ? Jusqu'où l'État est-il prêt à mobiliser la garantie publique pour des projets dont le calendrier de retour est très long ? Et enfin, quel est l'impact pour l'accessibilité et la sécurité financière des fonds gérés par la Caisse des Dépôts ? Le projet de loi de finances, présenté le 1er octobre en Conseil des ministres, entrouvre ces débats au moment où la décision finale d'investissement reste attendue d'EDF à la fin de 2026.