La récente hausse du Bitcoin ne se limite pas à un simple rebond technique : pour plusieurs professionnels, elle s'inscrit dans une logique plus large de protection contre la dépréciation monétaire, observable notamment chez des investisseurs basés en Suisse. Cette lecture, avancée par Michael Bucella, cofondateur de Neoclassic Capital lors d'une intervention sur CNBC, place le bitcoin aux côtés de l'or et du franc suisse comme rempart perçu face à une dette américaine qui dépasse désormais les 40 000 milliards de dollars.
Un mouvement détaché de Washington ?
Bucella explique que, pour certains investisseurs, la montée de Bitcoin a « peu à voir » avec les débats législatifs américains et relève davantage d'une réaction face aux déséquilibres macroéconomiques. Le blocage, au Sénat, d'un projet destiné à clarifier le statut des tokens numériques n'aurait ainsi eu qu'un impact temporaire : des sorties d'argent sur les ETF sur Bitcoin et Ether ont été suivies d'entrées rapides, illustrant une forte réactivité des flux.
« Le franc est fort, l’or est fort, Bitcoin est fort. »
Flux et nouveaux usages : la dynamique des ETF et du crédit crypto
Les données de marché citées par Bucella montrent une volatilité des entrées et sorties sur les véhicules indiciels : après des retraits de plusieurs centaines de millions de dollars, une journée a enregistré environ 1 milliard de dollars d'entrées sur les ETF Bitcoin. Cette oscillation traduit un comportement d'allocation rapide, qui peut amplifier les mouvements de prix à court terme.
Autre changement notable : l'amélioration de l'utilisation du Bitcoin comme garantie dans des produits de prêt. À mesure que se développent des instruments permettant d'emprunter en conservant une exposition crypto, la nécessité pour certains détenteurs de vendre pour obtenir des liquidités diminue, ce qui peut soutenir le prix.
- Dette US : > 40 000 milliards $ — facteur d'inquiétude pour certains investisseurs.
- ETF Bitcoin : sorties initiales de plusieurs centaines de millions, puis ~1 Md$ d'entrées en une journée.
- Usage : montée des produits de prêt utilisant le Bitcoin comme garantie.
Conséquences pour les marchés et la régulation
Cette lecture a des implications concrètes. D'un côté, si une part significative d'investisseurs considère désormais Bitcoin comme une assurance contre la dévaluation du dollar, le marché pourrait gagner en corrélation inverse avec les signes d'affaiblissement du billet vert. De l'autre, la progression d'outils financiers fondés sur les crypto-actifs pose à nouveau la question du cadre règlementaire : le rejet au Sénat d'un texte clarifiant le statut des tokens n'empêche pas leur adoption pratique, mais il crée une zone d'incertitude juridique qui pourrait alimenter des volatilités futures.
| Élément | Constat cité |
|---|---|
| Dette américaine | Plus de 40 000 milliards $ |
| Flux ETF (après échec législatif) | Sorties de plusieurs centaines de millions puis ≈ 1 Md$ d'entrées en une journée |
| Produits de prêt | Augmentation de l'usage du Bitcoin comme garantie |
Montrer du doigt uniquement Washington serait simpliste : le comportement observé en Suisse — repli vers des valeurs refuges en dehors du dollar — reflète aussi des perceptions locales et des arbitrages patrimoniaux. Reste que ces mouvements restent sensibles aux changements de sentiment et à la structure des marchés financiers.
En conclusion, la thèse d'un Bitcoin « actif de protection » gagne en audience. Elle s'appuie sur des chiffres tangibles et sur l'évolution des produits financiers. Mais il convient de rester prudent : la transition d'un actif volatile vers un rôle d'« assurance » dépendra de la résilience des flux, de l'essor réel des usages de crédit garantis par des crypto-actifs et, surtout, d'un cadre réglementaire qui reste pour l'instant en décalage avec la vitesse d'innovation des marchés.