Un risque de retour en arrière dans la lutte contre la faim
Le dernier rapport des Nations unies sur la sécurité alimentaire souligne que les progrès contre la faim restent fragiles : si la situation mondiale s'est légèrement améliorée ces dernières années, les tendances géopolitiques et les tensions sur les marchés de l'énergie et des engrais pourraient freiner, voire inverser, ces gains. Selon le document, plus de 500 millions de personnes pourraient encore être confrontées à la faim chronique d'ici 2030, une projection qui place l'Afrique comme la région la plus exposée.
Conflits, transport maritime et effet multiplicateur sur les prix
Le président du Fonds international de développement agricole (FIDA), Alvaro Lario, met en relation directe les conflits actuels — citant notamment la guerre en Iran et l'invasion de l'Ukraine — avec la hausse des coûts du carburant, des engrais et des denrées. Ces perturbations affectent le transport maritime et la disponibilité des intrants agricoles, créant un « choc inflationniste » qui pèse sur le prix final des aliments.
« Nous vivons une époque où le nombre de conflits est au plus haut et continue d'augmenter », a déclaré Alvaro Lario.
Qui est le plus touché ?
Les petits exploitants agricoles apparaissent comme particulièrement vulnérables : dépendant du diesel pour l'irrigation, la récolte et le transport, ils subissent directement la hausse des coûts énergétiques et des intrants. À court terme, cela se traduit par une baisse des marges, une réduction des surfaces cultivées et des prix de vente potentiellement plus élevés dans les marchés locaux, ce qui fragilise l'accès à une alimentation saine pour les ménages les plus modestes.
- Interruption des chaînes d'approvisionnement et renchérissement des intrants agricoles.
- Augmentation des prix de l'énergie se répercutant sur tous les coûts de production et de transport.
- Risque de milliers à quelques millions de personnes basculant dans l'insécurité alimentaire supplémentaire selon la durée des chocs.
Chiffres clés et projections
Le rapport et les analyses associées fournissent des ordres de grandeur utiles pour mesurer l'ampleur du risque :
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Personnes en situation de faim chronique (projection 2030) | > 500 millions |
| Personnes supplémentaires potentiellement touchées si les chocs persistent | 9 à 18 millions |
Conséquences économiques et sociales
Pour les économies nationales, la montée des prix alimentaires alimente l'inflation, réduit le pouvoir d'achat et pèse sur les budgets publics via des mesures de soutien (subventions, filets sociaux). À moyen terme, une alimentation plus coûteuse et moins accessible peut détériorer la santé publique, augmenter les inégalités et accentuer les tensions sociales et migratoires. Les décideurs sont donc confrontés à un double impératif : stabiliser les approvisionnements énergétiques et agricoles tout en protégeant les ménages vulnérables.
Les pistes évoquées par les institutions internationales vont de la diversification des sources d'énergie et d'intrants à un renforcement des filets de protection sociale, en passant par des mesures pour sécuriser les routes maritimes et réduire la dépendance aux carburants fossiles dans l'agriculture. Mais l'efficacité de ces réponses dépendra largement de la durée et de l'intensité des conflits actuels et des perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales.