Un budget présenté le 4 août 2026 qui change la fiscalité du travail
Le 4 août 2026, le ministre des Finances de la Dominique, Irving McIntyre, a dévoilé à l'Assemblée nationale un projet de budget pour l'exercice 2026-2027 d'un montant de 1,24 milliard de dollars des Caraïbes orientales (EC$) — soit environ 421 millions d'euros. Le gouvernement inscrit ce texte dans un objectif explicite, résumé par le thème qu'il a choisi pour la présentation :
"Protéger notre progrès, renforcer notre indépendance et assurer notre avenir."
Au cœur des annonces fiscales figure la proposition d'instaurer, à compter du 1er janvier 2027, une taxe forfaitaire unique sur le revenu de 10 %, remplaçant le barème progressif à trois tranches (15 %, 25 % et 35 %).
Qui est concerné et quels seuils ?
Le gouvernement maintient cependant une exonération pour les premiers 30 000 EC$ de revenus annuels (soit environ 10 200 €), ce qui signifie que le barème forfaitaire s'appliquerait au-delà de ce plancher. Le ministère des Finances projette que, pour un salarié percevant l'équivalent de 20 400 € par an, la mesure se traduirait par une hausse d'environ 850 € du revenu disponible.
Mesures d'accompagnement et impacts annoncés
- Un plan d'aide de près de 14,8 millions d'euros est prévu pour accompagner la transition et répondre à l'inflation.
- La fin de la double imposition sur les importations, dès le 1er octobre 2026, avec une TVA qui s'appliquera désormais uniquement sur la valeur CAF (Coût, Assurance, Fret).
- Une ambition énergétique affichée : atteindre une production électrique à 68 % issue des renouvelables (chiffre communiqué pour juin 2026).
Un changement de modèle aux enjeux multiples
La bascule vers une taxe forfaitaire unique constitue une rupture notable du point de vue de la progressivité de l'impôt. En remplaçant les tranches de 15 %, 25 % et 35 % par un taux unique de 10 %, le gouvernement pari sur une simplification administrative et sur des gains d'attractivité pour le pays. Le texte publié par le ministère laisse entendre que cette réforme doit aussi stimuler le pouvoir d'achat des ménages et soutenir la croissance, le FMI ayant estimé une croissance de 3,1 % pour la Dominique en 2026.
Conséquences budgétaires et questions ouvertes
Sur le plan des recettes, le projet fait apparaître un plan de dépenses d'environ 401 millions d'euros pour 2026 adossé à des recettes projetées d'environ 375 millions d'euros. Le passage à un taux forfaitaire et l'exonération des premiers 30 000 EC$ soulèvent des interrogations sur l'impact net sur les recettes fiscales et sur la capacité de l'État à financer ses dépenses sociales et d'investissement sans creuser le déficit.
Tableau récapitulatif des principaux chiffres
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Budget présenté | 1,24 milliard EC$ (~421 M€) |
| Dépenses 2026 | ~401 M€ |
| Recettes projetées | ~375 M€ |
| Nouvelle taxe sur le revenu | 10 % (forfaitaire, à compter du 1/01/2027) |
| Seuil d'exonération | 30 000 EC$ (~10 200 €) |
| Aide d'accompagnement | 14,8 M€ |
| Objectif renouvelable | 68 % d'électricité renouvelable (juin 2026) |
Ce que cela implique pour les contribuables et pour les observateurs
Concrètement, un salarié dont les revenus dépassent le seuil exonéré devrait voir son impôt simplifié mais potentiellement réduit par rapport à la progressivité antérieure, selon son niveau de revenus. Les ménages modestes bénéficieront d'une exonération protectrice jusqu'à 30 000 EC$, tandis que les tranches supérieures verront leur taux nominal diminuer si la comparaison est faite avec l'ancien barème marginal de 35 %. Pour les autorités, le défi sera d'assurer l'équilibre budgétaire, d'éviter un effet d'aubaine pour certains profils et de préserver le financement des services publics.
La réforme annoncée pose aussi la question des équilibres sociaux : une taxe forfaitaire, même partiellement compensée, modifie la progressivité et peut creuser ou réduire les inégalités selon la manière dont les transferts et aides sont calibrés. Les prochaines étapes législatives et les évaluations d'impact budgétaire seront déterminantes pour mesurer la portée réelle de cette transformation.