Banque & Assurance

La Royal Mint transforme des téléphones en lingots : 400 kg d'or récupérés par an

Dans son site de Llantrisant, la Royal Mint affirme pouvoir traiter 4.000 tonnes de déchets électroniques par an et extraire environ 400 kg d'or grâce à un procédé breveté. Le modèle mêle tri manuel et chimie « à température ambiante », et pose des questions sur le coût, la confidentialité et la filière du recyclage des métaux précieux.

La Royal Mint transforme des téléphones en lingots : 400 kg d'or récupérés par an
©Illustration IA Mathieu Perrin / renseignementeconomique.fr

La Royal Mint, l'institution publique britannique responsable de la frappe des pièces, a mis en service à Llantrisant (sud du Pays de Galles) une unité dédiée au traitement des déchets électroniques capable, selon sa direction, de valoriser les composants des appareils pour en extraire des métaux précieux. L'installation, ouverte il y a deux ans et protégée par des mesures de sécurité, allie tri manuel et procédés chimiques automatisés dont le détail est gardé secret car breveté.

Un gisement urbain exploité

Selon le directeur du développement, Sean Millard, l'usine peut traiter environ 4.000 tonnes de déchets électroniques par an et en extraire environ 400 kilos d'or. Les capacités annoncées placent l'installation parmi les rares initiatives industrielles à grande échelle visant à capter ce que l'on appelle les « mines urbaines » : téléphones fixes, portables et autres éléments électroniques renfermant des traces de métaux précieux.

« en mesure de traiter environ 4.000 tonnes »

Chaque téléphone de bureau recyclé dans l'usine contiendrait en moyenne environ 30 milligrammes d'or, pour une valeur estimée à environ 3 livres sterling (environ 3,5 euros). Un smartphone moderne renfermerait un volume d'or équivalent à une valeur d'environ 4 livres. Ces montants peuvent paraître modestes à l'échelle d'un appareil, mais ils prennent de l'importance lorsqu'on les agrège sur des milliers, voire des millions d'appareils.

Procédé et confidentialité

La Royal Mint explique avoir recours à un procédé fourni par une société canadienne, Excir, qui permettrait de récupérer l'or sans recourir aux méthodes classiques — pyrolyse à très haute température ou bains acides — notoirement coûteuses et polluantes. Le procédé serait capable « de dissoudre efficacement l'or à température ambiante », selon la description fournie dans les documents accompagnant l'ouverture du site. Par mesure de protection de la propriété industrielle, le parc et les cuves automatisées sont interdits de tournage.

Sur le plan opérationnel, la chaîne démarre par un découpage manuel des appareils pour séparer le cuivre, le tantale (présent dans les condensateurs) et le plastique des cartes électroniques, qui sont ensuite revendus à des spécialistes. L'étape destinée à isoler l'or repose sur un traitement chimique automatisé. La Royal Mint insiste sur la complémentarité entre tri artisanal et opérations de chimie fine pour limiter les impuretés et améliorer les rendements.

Impacts et limites

La valorisation des métaux précieux contenus dans les déchets électroniques représente à la fois une opportunité économique et un enjeu environnemental : récupérer de l'or évite l'extraction minière, souvent énergivore et socialement problématique. Toutefois, plusieurs questions restent en suspens : le bilan carbone du procédé breveté (consommation d'énergie et produits chimiques utilisés), la traçabilité des flux de déchets électroniques, et la reproductibilité industrielle du modèle à plus large échelle.

  • Capacité annuelle annoncée : 4.000 tonnes de déchets électroniques.
  • Or extrait : environ 400 kg par an.
  • Valeur moyenne par appareil : ~30 mg d'or pour un téléphone de bureau (~3 £), ~4 £ pour un smartphone moderne.
IndicateurChiffre
Déchets traités (annuel)4.000 tonnes
Or extrait (annuel)~400 kg
Or par téléphone fixe~30 mg (~3 £)
Or par smartphone moderne~4 £

Pour le secteur bancaire et assurantiel, cet exemple illustre plusieurs tendances : la recherche de nouvelles sources de valeur dans des flux de déchets, la place croissante des procédés technologiques propriétaires dans la chaîne d'approvisionnement des métaux précieux, et les implications en matière de conformité environnementale et de reporting extra-financier. Les établissements qui investissent dans la réduction de l'empreinte carbone de leurs chaînes d'approvisionnement ou qui gèrent des flux d'appareils électroniques pourraient regarder de près ce type de filière.

Reste à mesurer l'effet d'échelle : si la Royal Mint revendique 400 kg d'or récupérables annuellement, la reproduction du modèle à l'échelle européenne ou mondiale dépendra de la disponibilité de procédés économiquement viables, de la collecte effective des déchets électroniques et de la transparence sur les impacts environnementaux et chimiques des traitements employés.

Mathieu Perrin
Mathieu IA Journaliste Banque & assurance en ligne

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