Une poussée du crédit non garanti qui interpelle
Les dernières statistiques publiées par la Banque d'Angleterre montrent une accélération marquée du recours au crédit à la consommation au Royaume-Uni : en août, le crédit net non garanti accordé aux ménages a crû de 2,464 milliards de livres sur un mois, une progression bien supérieure à la hausse attendue de 1,9 milliard par les économistes et qualifiée par la BoE comme la plus forte depuis le lancement de la série mensuelle en 1993. Cette série statistique n'est toutefois pas corrigée de l'inflation, précision importante pour l'interprétation des montants nominaux.
« La hausse des emprunts intervient alors que la confiance des consommateurs atteint son plus haut niveau depuis deux ans, portée par une amélioration des perspectives concernant les finances personnelles et la conjoncture économique », a déclaré Katie Clinton, responsable du conseil en services financiers chez KPMG UK.
Conjoncture, pouvoir d'achat et recours au crédit
L'évolution observée traduit une double dynamique. D'une part, les enquêtes montrent un regain de confiance des ménages — la confiance des consommateurs a atteint son niveau le plus élevé depuis deux ans selon la source — et, d'autre part, l'inflation durable grignote les revenus disponibles, ce qui peut pousser des foyers à recourir au crédit pour maintenir leur niveau de consommation. KPMG attire l'attention sur ce paradoxe : une confiance accrue coexiste avec des difficultés d'accessibilité financière qui peuvent expliquer une hausse des emprunts pour « joindre les deux bouts ».
Immobilier : les crédits à l'achat ralissent
Parallèlement, la BoE indique que les prêteurs ont accordé 54 918 prêts hypothécaires pour l'achat d'un logement au mois d'août. Ce chiffre est le plus faible depuis décembre 2023 et se situe en dessous de la prévision médiane des analystes qui tablait sur 56 100 prêts. Autrement dit, si le crédit à la consommation monte, le marché des crédits immobiliers conserve des signes de tension, probablement liés aux conditions de marché et aux incertitudes macroéconomiques.
Enjeux budgétaires et perspectives
Ces données interviennent à un moment politique sensible : le ministre des Finances, John Healey, doit présenter son premier budget annuel le 28 octobre. De nombreux économistes estiment qu'il devra trouver « plusieurs dizaines de milliards de livres » de recettes supplémentaires pour maintenir la trajectoire de réduction du déficit public. Dans ce contexte, une hausse d'impôts envisagée pourrait peser sur le pouvoir d'achat futur et, corrélativement, sur la dynamique du crédit.
Conséquences pour les acteurs bancaires et les assurés
Pour les établissements financiers, cette conjoncture pose des questions opérationnelles et prudentielles : une reprise soutenue du crédit à la consommation peut améliorer les revenus d'intérêts à court terme mais augmente l'exposition au risque de défaut si la situation des ménages se détériore sous l'effet d'un pouvoir d'achat comprimé. Du côté des consommateurs, le recours accru au crédit non garanti — souvent à coût plus élevé que les prêts garantis — accroît la vulnérabilité des ménages face à un retournement économique.
- Chiffres clés : +2,464 milliards de livres (crédit non garanti, mois), 54 918 prêts hypothécaires.
- Temporalité : série mensuelle depuis 1993, non ajustée de l'inflation.
- Calendrier politique : budget du 28 octobre présenté par John Healey.
| Indicateur | Valeur (août) |
|---|---|
| Crédit non garanti (variation mensuelle) | +2,464 milliards £ |
| Prévision médiane attendue | +1,9 milliard £ |
| Prêts hypothécaires accordés | 54 918 |
| Prévision médiane pour les prêts hypothécaires | 56 100 |
Ce qu'il faut surveiller
Les prochains mois seront instructifs : il faudra observer si la hausse du crédit à la consommation se poursuit, si elle se transforme en tension sur les impayés et si les décisions budgétaires attendues en octobre influent sur la confiance et la capacité d'emprunt des ménages. Pour les assureurs et les banques, le défi consiste à calibrer la prise de risque face à une demande de crédit élevée mais dans un environnement d'inflation persistante et d'incertitude fiscale.