Une nouvelle architecture de crise influencée par le FMI
Le Parlement libanais examine un projet de loi qui module profondément les mécanismes de résolution bancaire du pays en plaçant le Fonds monétaire international (FMI) comme acteur institutionnel au sein d’une Haute autorité destinée à piloter le traitement des banques en difficulté. Cette orientation, révélée par la presse beyrouthine, s’inscrit dans la mise en œuvre d’une feuille de route négociée avec le FMI en avril 2022, préalable conditionnant le déblocage d’un programme d’assistance d’un montant de 3 milliards de dollars.
Un dispositif inédit, entre expertise et accusations de tutelle
Le projet crée une instance chargée d’évaluer la viabilité de chaque banque commerciale et de décider, si nécessaire, sa restructuration, sa fusion ou sa liquidation. Les versions examinées en commission prévoient la présence d’une voix « pondérée » du FMI au côté des représentants du ministère des Finances, de la Banque centrale (la Banque du Liban) et de la Commission de contrôle des banques. Pour ses défenseurs, cet ancrage international doit protéger la réforme des interférences politiques qui ont retardé les chantiers antérieurs ; pour ses opposants, il ressemble à une mise sous tutelle d’institutions privées relevant du droit national.
La question explosive de la répartition des pertes
Au cœur du débat : la répartition des pertes accumulées depuis l’effondrement qui sévit depuis 2019. Les pertes totales du système bancaire sont estimées à plus de 70 milliards de dollars, sans qu’aucune règle claire n’ait été arrêtée pour répartir ce fardeau entre l’État, la Banque du Liban, les actionnaires et les déposants. Ce point reste l’un des plus sensibles politiquement et socialement, susceptible d’aggraver les tensions intérieures si les décisions ne respectent pas des critères perçus comme équitables.
Conséquences économiques et politiques
Le renforcement du rôle du FMI répond à une double logique : rassurer les bailleurs internationaux et accroître la crédibilité des réformes financières, condition nécessaire au retour d’assistance extérieure. Mais il comporte des risques à court terme : méfiance des milieux économiques locaux, réactions politiques hostiles, et possibles contestations judiciaires. Pour les investisseurs étrangers et les créanciers, la mise en place d’un mécanisme de résolution transparent est un signal positif ; pour la population, toute décision perçue comme transférant des pertes sur les petits déposants ou les salariés pourrait provoquer de fortes oppositions.
Points de repère
- 2019 : début de la grave crise financière libanaise.
- avril 2022 : feuille de route avec le FMI conditionnant un programme de 3 milliards de dollars.
- >70 milliards de dollars : estimation des pertes cumulées du système bancaire.
| Date | Événement | Montant / observation |
|---|---|---|
| 2019 | Début de la crise financière | — |
| avril 2022 | Accord cadre avec le FMI | Programme conditionnel de 3 milliards $ |
| 2026 | Projet de loi sur la résolution bancaire | Présence d’une voix pondérée du FMI au sein de la Haute autorité |
La trajectoire future dépendra de l’arbitrage politique au Parlement et de la manière dont la Haute autorité, si elle est créée, appliquera des règles de partage des pertes acceptables pour les acteurs nationaux et les partenaires internationaux. Pour la France et l’Union européenne, attentives à la stabilité régionale et aux implications pour les créanciers européens, l’évolution de ce dossier constitue un indicateur important de la capacité du Liban à renouer avec des financements extérieurs et à restaurer la confiance dans son système financier.