Le Maroc s’est engagé dans des discussions pour obtenir 26 milliards de dollars de financement public et export‑crédit visant à soutenir le projet de gazoduc atlantique qui doit relier le Nigeria à l’Afrique du Nord et à l’Europe, rapporte Bloomberg, citant l’ambassadeur marocain à Washington, Youssef Amrani.
Un montage financier international en discussion
Selon les éléments publiés, c’est principalement l’Export‑Import Bank des États‑Unis (Exim Bank) qui a mené des échanges préliminaires avec les porteurs du projet. La Banque mondiale a pour sa part «n'a fait aucun commentaire», précise le même reportage. Le diplomate marocain a expliqué à Washington que les récentes perturbations des flux énergétiques au Moyen‑Orient rendaient ce projet encore plus stratégique pour diversifier les approvisionnements européens.
«l’un des projets d’infrastructure les plus ambitieux actuellement en développement en Afrique»
Rabat n’a pas détaillé la nature exacte des garanties, des prêts concessionnels ou des mécanismes d’assurance‑crédit recherchés. Le recours à l’Exim Bank et à la Banque mondiale indique toutefois une recherche d’un mix entre financements d'exportation, garanties et possibles lignes de crédit multilatérales.
Capacité, calendrier et bénéficiaires
Le projet, soutenu officiellement par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) via un accord intergouvernemental signé le 19 juillet, concerne un gazoduc d’environ 6 800 kilomètres avec une capacité annoncée de 30 milliards de mètres cubes par an. La moitié de ce volume serait destinée au Maroc; le reste serait, selon les porteurs, destiné à l’exportation vers l’Europe.
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Montant de financement recherché | 26 milliards $ |
| Longueur du gazoduc | 6 800 km |
| Capacité annuelle | 30 Gm3 |
| Part pour le Maroc | 50 % |
| Début des travaux (prévu) | 2028 |
| Premières livraisons (espérées) | 2031 |
Enjeux pour les banques et assureurs
Un tel montage soulève plusieurs questions pour les institutions financières et les assureurs-crédit :
- la structuration de la dette : fractionnement entre prêts souverains, prêts commerciaux et financements export‑crédit ;
- la répartition des risques politiques et de marché entre prêteurs multilatéraux, agences d’exportation et banques commerciales ;
- les assurances contre les risques de construction, d’exploitation et les risques politiques sur une longue durée ;
- l’acceptabilité environnementale et sociale, susceptible d’influencer la mobilisation de financements publics ou concessionnels.
Pour les prêteurs comme l’Exim Bank, l’intérêt est double : soutenir les exportations et sécuriser des contrats pour des entreprises nationales, tout en gérant des expositions longues et potentiellement risquées. Pour la Banque mondiale, l’intervention serait encadrée par des critères stricts relatifs à l’impact social et environnemental — d’où sans doute la réserve de communication mentionnée.
Calendrier serré mais conditionné au financement
Les porteurs du projet affichent un calendrier ambitieux : lancement des travaux en 2028 et premières livraisons en 2031, sous réserve d’obtenir les engagements financiers nécessaires. Si ces jalons sont tenus, les flux commerciaux et les contrats d’approvisionnement devront être sécurisés dès les prochaines années, avec des conséquences directes sur les marchés du gaz en Europe et en Afrique du Nord.
Au regard des montants en jeu et des risques politico‑économiques, la capacité des institutions publiques internationales à apporter des instruments de garantie et de partage de risque sera déterminante pour transformer cette ambition en projet bancable.