Un rebond trimestriel qui masque des effets de périmètre
Le nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A à France Travail, c'est‑à‑dire les personnes n'ayant exercé aucune activité, a augmenté de 0,8 % au deuxième trimestre 2026, pour atteindre 3,323 millions. L'annonce a été faite conjointement par le ministère du Travail et France Travail.
Après un début d'année marqué par un recul (-1,2 % au trimestre précédent), la statistique se redresse. Mais derrière ce chiffre apparent, des modifications administratives introduites depuis la loi pour le plein emploi entrent en jeu et modifient sensiblement la lecture des évolutions récentes.
Ce que change la révision des périmètres
Depuis janvier 2025, plusieurs publics sont désormais inscrits automatiquement à France Travail : les bénéficiaires du RSA, certains jeunes suivis par les missions locales et les personnes accompagnées par Cap emploi. Par ailleurs, la fin de la radiation automatique de certains demandeurs d'emploi a réduit les sorties statistiques.
- En neutralisant l'inscription automatique des bénéficiaires du RSA et la fin des radiations, la variation du trimestre devient une baisse de 0,2 % pour la catégorie A.
- En intégrant les catégories B et C (personnes ayant exercé une activité réduite), l'ensemble A, B et C progresse de 1,3 %, pour atteindre 5,801 millions.
- En excluant les nouveaux publics inscrits depuis janvier 2025 ainsi que les chômeurs auparavant radiés, la hausse se limite à 0,4 % sur le trimestre pour l'ensemble A, B, C.
Les jeunes, plus exposés
Sur un an, la tension sur le marché du travail s'accentue : la catégorie A augmente de 3,1 %, et l'ensemble A, B, C de 3,2 %. La dégradation est particulièrement marquée chez les jeunes : +5,9 % pour la catégorie A et +6,3 % pour l'ensemble A, B, C.
| Périmètre | Variation T2 2026 | Effectif |
|---|---|---|
| Catégorie A | +0,8 % (brut) | 3,323 millions |
| Catégories A, B, C | +1,3 % | 5,801 millions |
| Catégorie A (neutralisé RSA + fin radiations) | -0,2 % | — |
| En excluant nouveaux publics et ex‑radiés | +0,4 % (A, B, C) | — |
| Variation annuelle (A) | +3,1 % | — |
| Jeunes, variation annuelle (A) | +5,9 % | — |
Ce que cela implique pour les acteurs du marché du travail
Pour les demandeurs d'emploi, la hausse trimestrielle brute peut refléter davantage d'inscriptions administratives que d'une dégradation nette immédiate du marché. Mais l'augmentation annuelle, particulièrement chez les jeunes, traduit une réelle difficulté d'insertion qui pèse sur les perspectives de carrière et les revenus précaires.
Pour les employeurs et les recruteurs, ces chiffres rappellent que les pénuries observées dans certains secteurs peuvent coexister avec un nombre élevé de personnes éloignées de l'emploi ou mal adaptées aux postes offerts. Les chiffres ajustés montrent que la politique d'inscription automatique augmente le vivier apparent, mais n'efface pas les besoins de qualification, d'accompagnement et d'adaptation des offres.
Enfin, pour les décideurs publics, la complexification des périmètres rend la communication des statistiques plus délicate : il devient essentiel d'accompagner les publications de précisions méthodologiques pour éviter les interprétations hâtives et pour cibler les politiques d'insertion (jeunes, bénéficiaires du RSA, publics éloignés).
Conclusion
Le rebond de 0,8 % au deuxième trimestre est donc à lire à deux niveaux : un effet de périmètre lié à des mesures administratives entrées en vigueur depuis 2025 et une tendance annuelle qui confirme une dégradation relative, surtout pour les jeunes. Pour juger de l'état réel du marché du travail, les indicateurs désaisonnalisés et les séries ajustées restent indispensables.