Le télétravail et la voiture : une relation contre-intuitive
Alors que le télétravail est souvent présenté comme un levier pour réduire les déplacements quotidiens, des experts en aménagement du territoire et en transport mettent en garde : il peut au contraire accroître la distance parcourue par les salariés et aggraver la congestion. L'observation provient d'analyses menées au Canada, mais elle soulève des enjeux transposables au contexte français, où les choix d'habitat et d'organisation du travail évoluent depuis la crise sanitaire.
Ce que disent les chercheurs
« Il y a plus de voitures sur les routes dans la région métropolitaine de Montréal qu’avant la pandémie, et présentement, chaque voiture fait plus de kilomètres par an qu’avant la pandémie »,
affirme Pierre Barrieau, spécialiste en planification du transport. Il souligne que le télétravail profite principalement aux salariés du secteur tertiaire, tandis que les emplois des secteurs primaire et secondaire restent majoritairement en présentiel. Pour les grandes entreprises industrielles, il évalue que seulement 5 à 10 % des employés peuvent travailler de chez eux quelques jours par semaine.
Des comportements qui changent la donne
Plusieurs mécanismes expliquent pourquoi le télétravail peut conduire à plus de kilomètres parcourus :
- déplacement résidentiel vers la périphérie ou la campagne : des télétravailleurs quittent la ville pour des logements plus spacieux, allongeant la distance entre domicile et bureau ;
- multiplication des trajets non liés au travail : télétravailleurs qui utilisent la voiture pour des activités personnelles pendant la semaine ou pour des allers-retours le week-end ;
- répartition différente des jours de présence au bureau : des trajets plus longs effectués plusieurs fois par semaine plutôt qu'un trajet quotidien court.
Ce que cela change pour les salariés et les employeurs
Pour les salariés, l'augmentation du kilométrage signifie des coûts de transport potentiellement plus élevés et une exposition accrue au temps de trajet, même si la fréquence des déplacements a diminué. Pour les employeurs, cela interroge la politique mobilité : indemnités kilométriques, aide au covoiturage ou au télétravail, aménagement des horaires pour éviter les pics de circulation.
Quelques données à retenir
| Observation | Constat |
|---|---|
| Part des postes télétravaillables dans l'industrie | 5 à 10 % |
| Effet sur le kilométrage | Augmentation du nombre de kilomètres annuels par véhicule dans la zone observée |
En somme, le télétravail n'est pas automatiquement synonyme de moins de voitures sur la route. Les décideurs — entreprises, collectivités et autorités de transport — doivent intégrer ces dynamiques pour concevoir des politiques de mobilité adaptées : planification du logement, incitations au covoiturage, amélioration des transports collectifs et réflexion sur la compensation des frais de déplacement.
Pour les salariés, il importe d'évaluer le bilan individuel : gains de temps par rapport à une journée complète au bureau, mais aussi coûts financiers et impact sur le quotidien si l'augmentation du kilométrage est avérée. Le débat mérite d'être poursuivi avec des données locales précises en France pour orienter les mesures publiques et les pratiques d'entreprise.