Un constat : l’épargne massive bloquée dans des dépôts peu rémunérateurs
Dans un entretien récent, Farid Mezouar, Directeur Exécutif et cofondateur de FL Markets, souligne que les comportements d’épargne traditionnels — compte sur carnet et investissement immobilier — ne suffisent plus face aux mutations économiques actuelles. Le constat s’appuie sur des ordres de grandeur clairs : plus de 70 % des dépôts bancaires sont sans rémunération, et les dépôts des ménages représentent plus de 72 % du total du système bancaire.
Ce double constat a plusieurs conséquences : une épargne qui perd potentiellement du pouvoir d’achat en période d’inflation, une allocation du capital concentrée dans des canaux peu dynamiques, et une dépendance forte à l’intermédiation bancaire qui freine le développement d’une culture d’investissement diversifiée.
Profilage et tolérance au risque : les clés d’un portefeuille équilibré
Pour construire un portefeuille adapté, le profiling de l’investisseur est, selon l’expert, central. Il recommande d’évaluer en priorité la tolérance à la perte de capital, définie sur une échelle où l’aversion commence à 0 % et atteint un niveau élevé à -10 %. L’âge et la phase de vie influent ensuite sur la capacité à encaisser la volatilité : la vie active offre généralement une fenêtre de temps plus longue pour lisser les fluctuations, alors que la période de retraite impose davantage de prudence.
« Il est temps de moderniser la gestion du patrimoine »,
Cette formule synthétise l’idée que la simple préférence pour les liquidités sans rendement ou pour l’immobilier ne répond plus aux objectifs de préservation et de valorisation du capital sur le long terme.
Quels arbitrages entre produits ?
L’entretien évoque plusieurs familles de placements — OPCVM, actions cotées, immobilier, dépôts à terme, or — sans préconiser un mix unique. Le choix dépend du profil et des objectifs, mais quelques principes émergent :
- Évaluer la durée d’investissement : horizon long vs court déterminera l’exposition aux actifs risqués.
- Mesurer la tolérance aux pertes : un seuil personnel (0 % à -10 % selon Mezouar) guide la part d’actions ou d’obligations.
- Diversifier les canaux : ne pas concentrer l’épargne uniquement dans des dépôts non rémunérés ou l’immobilier.
Chiffres utiles
| Indicateur | Valeur citée |
|---|---|
| Part des dépôts bancaires sans rémunération | >70 % |
| Part des dépôts détenus par les ménages | >72 % |
| Échelle de tolérance à la perte (exemple) | 0 % (début) à -10 % (élevée) |
Conséquences et pistes pour l’épargnant
Le message principal est double : d’un côté, la structure actuelle de l’épargne crée un risque de perte de pouvoir d’achat ; de l’autre, il existe aujourd’hui des instruments financiers et des véhicules (fonds, actions, produits diversifiés) qui peuvent compléter les dépôts et l’immobilier. Reste que l’intermédiation bancaire et les habitudes culturelles constituent des freins significatifs.
Concrètement, cela signifie pour l’épargnant : clarifier son horizon, mesurer sa tolérance aux pertes, et envisager la diversification en fonction de ces paramètres plutôt qu’en s’appuyant uniquement sur des réflexes conservateurs. Les décideurs et acteurs du secteur, eux, doivent faciliter l’accès à l’éducation financière et à des solutions adaptées si l’on veut élargir la culture de l’investissement.
La transition vers une gestion de patrimoine plus moderne apparaît aujourd’hui comme une nécessité face à l’inflation et à l’évolution des produits financiers. Le défi reste d’accompagner les épargnants dans ces arbitrages sans rompre la prudence indispensable au cœur des stratégies patrimoniales.