La Banque centrale russe a constaté en juillet une hausse nette de la monnaie fiduciaire en circulation de 643,4 milliards de roubles, soit une augmentation de 43,1 % par rapport à juin. Depuis le début de l'année, le volume de billets et pièces en circulation a crû de 2,1 billions de roubles. Ces chiffres, publiés par le régulateur, mettent en lumière un reflux vers le liquide qui interroge les acteurs bancaires et commerciaux.
Des causes multiples, des conséquences convergentes
Les analystes identifient trois facteurs principaux à l'origine de ce mouvement :
- les coupures répétées de l'internet mobile, qui perturbent les paiements électroniques au quotidien ;
- la saison touristique, qui amplifie traditionnellement les sorties de trésorerie ;
- une modification fiscale : depuis 2026, les services d'acquisition (technologies permettant d'encaisser par carte, QR-code ou autres moyens dématérialisés) sont soumis à la TVA au taux de 22 %.
Concrètement, l'instabilité des réseaux mobiles pousse consommateurs et commerçants à conserver davantage de billets pour régler achats, services et transports lorsque le paiement sans numéraire devient impraticable. Parallèlement, l'application de la TVA sur les services d'acquisition augmente le coût des règlements dématérialisés pour les commerçants ; certains, notamment les plus petits, privilégient donc les paiements en espèces pour éviter ces frais supplémentaires.
Impacts pour les banques et le commerce
La montée du liquide soulève plusieurs enjeux pour le secteur financier. D'une part, elle pèse sur la gestion des liquidités des établissements : une sortie importante d'espèces vers le grand public peut contraindre les banques à renforcer leurs réserves de billets et pièces et à ajuster leurs chaînes logistiques (transport, stockage, sécurité). D'autre part, une part accrue des transactions en liquide réduit les revenus liés aux frais d'interchange et aux services numériques.
Risque de constitution d'épargne « sous le matelas »
Au-delà des paiements, les Russes utilisent de plus en plus les billets pour constituer des réserves personnelles. Les conseils diffusés par des sites spécialisés invitent à limiter ces rentes de précaution à un montant couvrant une à deux semaines de dépenses, mais le phénomène affilié à l'incertitude géopolitique et aux perturbations des infrastructures se renforce.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Augmentation en juillet | 643,4 milliards de roubles (+43,1 % vs juin) |
| Progression depuis janvier | 2,1 billions de roubles |
| TVA sur services d'acquisition | 22 % (depuis 2026) |
Conséquences possibles et pistes de réponse
Pour les autorités et les banques, plusieurs défis se posent : maintenir l'approvisionnement en numéraire sans alourdir les coûts opérationnels, préserver la confiance dans les paiements électroniques en améliorant la résilience des réseaux, et évaluer l'effet des décisions fiscales sur les comportements commerciaux. À court terme, la tendance peut accroître les coûts logistiques et réduire la rentabilité des services de paiement pour les établissements. À moyen terme, si le mouvement se pérennise, cela pourrait modifier la structure des revenus bancaires et peser sur la modernisation des paiements.
Enfin, cette dynamique invite les décideurs et les opérateurs à mieux coordonner politique fiscale, sûreté des infrastructures de communication et accès au numéraire, afin d'éviter qu'une transition vers le liquide ne devienne un facteur d'exclusion ou un coût systémique pour le système financier.