Un appel à réformer la taxe foncière et à taxer les très grandes fortunes
Le 15 octobre 2026, l’économiste Thomas Piketty a exposé sur BFMTV une proposition de réforme fiscale visant à corriger, selon lui, une «extrêmement injuste» répartition de l’impôt sur la propriété. Il juge que la taxe foncière a augmenté ces dernières années sans réelle remise à plat et propose de la transformer en un impôt progressif sur le patrimoine net d’emprunt. L’objectif annoncé : une baisse de la taxe foncière pour 90% des Français.
Piketty souligne que de nombreux propriétaires remboursent un emprunt et ne détiennent pas un patrimoine net réel équivalent aux montants taxés. Sa logique est de tenir compte du patrimoine net après emprunt pour rendre l’imposition plus équitable entre ménages endettés et ménages propriétaires sans dette.
Un «impôt de solidarité nationale» inspiré de 1945
Au-delà de la fiscalité immobilière, l’économiste propose la création d’un «impôt de solidarité nationale», calqué sur l’outil utilisé en 1945 pour la reconstruction. Cette proposition comprend deux volets distincts :
- une contribution exceptionnelle de 50% sur l’enrichissement des très hauts patrimoines, défini par Piketty comme ceux supérieurs à 100 millions d’euros, calculée sur la période 2017-2026 ;
- une composante permanente : un impôt annuel à 10% au-delà de 100 millions d’euros de patrimoine.
«Ce n’est pas invraisemblable vu ce que paie le Français moyen comme impôt sur le revenu.»
Le volet exceptionnel vise donc à capter une fraction des gains accumulés récemment par les plus fortunés, tandis que la composante permanente instituerait un prélèvement récurrent sur les patrimoines très élevés.
Mesure pratique pour les fortunes «virtuelles»
Piketty prend en compte la spécificité des entrepreneurs dont la richesse tient principalement à la valorisation d’actions : il propose qu’ils puissent s’acquitter de l’impôt en remettant des actions à un fonds souverain. L’idée est double : lever des ressources et constituer un outil public d’investissement pour «reprendre le contrôle de notre économie» et préparer l’avenir.
| Seuil | Mesure proposée |
|---|---|
| 100 M€ | Base pour la contribution exceptionnelle (50%) et l'impôt permanent (10%/an) |
| 2017–2026 | Période retenue pour calculer l'enrichissement taxable par la contribution exceptionnelle |
Conséquences et enjeux
La proposition relance des questions concrètes : comment définir juridiquement l’enrichissement taxable sur une période donnée ? Quel traitement pour les plus-values latentes (actions non vendues) ? Quel calendrier et quelles garanties pour la création d’un fonds souverain alimenté en actions ? Enfin, la faisabilité politique d’une telle réforme est un enjeu majeur : Piketty lui-même note l’étonnement que suscite la taxation des hauts patrimoines, alors que la taxe foncière est largement acceptée dans le débat public.
La proposition est appelée à nourrir le débat public et parlementaire. Elle pose des choix clairs : recentrer la taxe foncière sur le patrimoine net, créer un instrument exceptionnel pour capter les gains récents des très riches, et instaurer un prélèvement permanent au-delà d’un seuil élevé. Reste à voir comment ces pistes seraient traduites en textes et mises en œuvre concrètement par les pouvoirs publics.