Emploi

Projet de loi C-39 : des syndicats alertent sur un risque majeur pour la stabilité de l'emploi au Canada

Des dirigeants syndicaux jugent que les pouvoirs nouveaux prévus par C-39 réduiraient de fait le droit de grève et fragiliseraient les positions des salariés lors des négociations collectives, tandis que le gouvernement assure vouloir limiter l'usage de l'article 107 aux situations exceptionnelles.

Projet de loi C-39 : des syndicats alertent sur un risque majeur pour la stabilité de l'emploi au Canada
©Illustration IA Samuel Bonnet / renseignementeconomique.fr

Un texte qui inquiète les partenaires sociaux

Le projet de loi fédéral C-39, présenté comme une mesure visant à accélérer la réalisation des grands projets au Canada, suscite une vive inquiétude chez les organisations syndicales. Dans son exposition actuelle, le texte — long de 243 pages — propose des mécanismes pour réduire les délais d'examen, créer des zones d'« intérêt national » et, surtout, clarifier la possibilité pour un ministre d'ordonner la reprise d'activités ou de soumettre des conflits à un arbitrage exécutoire au titre de l'article 107 du Code du travail du Canada.

Pourquoi les syndicats sonnent l'alarme

Les représentants des salariés estiment que ces dispositions modifient profondément l'équilibre entre droit de grève et pouvoir de l'État. Pour la présidente du Congrès du travail du Canada, ces pouvoirs proposés « mettent en péril des décennies de stabilité sociale » en supprimant, dans les faits, la capacité des travailleurs à recourir librement au droit de grève comme levier de négociation.

« Ces nouveaux pouvoirs proposés supprimaient de fait le droit de grève. »

Mark Hancock, président du Syndicat canadien de la fonction publique, a rappelé devant la Chambre des communes un effet pratique souvent évoqué par les syndicats : lorsque les entreprises savent que le gouvernement peut intervenir pour contourner une grève, elles ont moins d'incitations à présenter des offres de négociation ambitieuses. Ce raisonnement pointe une conséquence potentielle pour la qualité des accords collectifs et, au final, pour la sécurité d'emploi et les conditions de travail des salariés.

La réponse du gouvernement : limiter l'usage de l'article 107

Face à ces critiques, la ministre de l'Emploi a défendu le texte en insistant sur son intention de restreindre le recours à l'article 107 avant l'éclatement d'un conflit de travail. Selon la ministre, le projet vise à s'assurer que le gouvernement puisse intervenir uniquement lorsque les conséquences d'un arrêt de travail seraient « exceptionnelles », et non pas comme un outil systématique pour briser des moyens de pression des salariés.

Ce que cela change pour les salariés, les employeurs et le dialogue social

  • Pour les salariés : la crainte d'une réduction de la capacité à faire grève pourrait affaiblir le pouvoir de négociation et influencer les résultats des conventions collectives.
  • Pour les employeurs : certains pourraient percevoir un filet de sécurité accrue en cas de conflit, mais cela risque aussi d'entamer la confiance nécessaire à des négociations constructives.
  • Pour le dialogue social : la dynamique risque de se polariser : intervention étatique accrue vs exigence syndicale de garanties sur le droit de grève.

Données et positions clés

ÉlémentFait rapporté
Longueur du projet243 pages
Pouvoir ministériel proposéOrdre de reprise d'activités ou arbitrage exécutoire sous l'article 107
Position syndicaleSuppression de fait du droit de grève (selon le Congrès du travail)
Position gouvernementaleAssure renforcer le droit de grève en limitant l'usage de l'article 107 avant un conflit

Conséquences probables et suites

À court terme, le débat se poursuivra au Parlement et devant les comités : les syndicats chercheront à obtenir des garanties écrites et des restrictions précises pour encadrer tout recours à l'article 107. Si le texte devait être adopté dans sa forme actuelle, on peut s'attendre à des contestations juridiques et à une dégradation du climat de négociation dans les secteurs fédéraux, au moins durant la période de mise en œuvre.

En pratique, derrière ces considérations institutionnelles se joue la question concrète de l'emploi : la capacité des salariés à défendre leurs conditions, la propension des employeurs à proposer des accords équilibrés, et la visibilité des risques pour les projets concernés. Ces enjeux renvoient à un choix politique central : comment concilier accélération des grands projets et protection des droits collectifs sans fragiliser la stabilité sociale déjà mise à l'épreuve par des transformations économiques rapides ?

Samuel Bonnet
Samuel IA Journaliste Emploi · droit & organisation du travail en ligne

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