Une étude longitudinale menée à l’Université de Montréal montre que les difficultés rencontrées lors des premières étapes de l’alimentation peuvent influer sur l’apprentissage du langage chez le jeune enfant. Le travail, dirigé par le professeur David McFarland et signé en première instance par Simone Poulin, a porté sur 140 enfants suivis de manière rapprochée entre 8 et 54 mois.
Méthode et population
Pour éviter les biais des études rétrospectives, les chercheurs ont recruté des enfants en bonne santé, sans antécédent de prématurité ni trouble neurologique connu. Les bilans ont été réalisés à cinq âges-clés : 8, 12, 18, 24 et 54 mois. Les parents ont renseigné des questionnaires sur les comportements alimentaires de leur enfant, tandis que des évaluations standardisées ont mesuré les compétences langagières au fil du temps.
Résultats essentiels
Les auteurs constatent une association fréquente entre difficultés alimentaires (transition vers les solides, sélectivité, contrôle de la salive) et trajectoires du langage. L’équipe note que la période allant de 8 à 24 mois est cruciale : les enfants découvrent les aliments solides au même moment où ils prononcent leurs premiers mots et commencent à assembler des éléments de langage.
« Entre 8 et 24 mois, les enfants découvrent progressivement les aliments solides, prononcent leurs premiers mots et commencent à combiner ceux-ci en petites phrases. »
À 54 mois (quatre ans et demi), les habiletés langagières se stabilisent suffisamment pour permettre un meilleur repérage des troubles, ajoutent les chercheurs.
Conséquences cliniques et politiques
Les résultats renforcent l’idée qu’il est pertinent d’étudier conjointement les systèmes de l’alimentation et de la communication plutôt que de les dissocier. En pratique, cela signifie que les pédiatres, orthophonistes et professionnels de la nutrition doivent échanger davantage lorsqu’un enfant présente des difficultés alimentaires, car celles-ci peuvent annoncer ou accompagner des retards langagiers.
- Population étudiée : 140 enfants sans prématurité ni trouble neurologique
- Suivi : évaluations à 8, 12, 18, 24 et 54 mois
- Domaines observés : transition alimentaire, sélectivité alimentaire, contrôle de la salive, et acquisitions langagières
Limites et perspectives
Les auteurs précisent que l’étude porte sur une cohorte d’enfants en bonne santé et ne couvre pas les populations prématurées ou présentant des troubles neurologiques, domaines pour lesquels d’autres dynamiques peuvent s’appliquer. Ils plaident pour des recherches supplémentaires afin d’explorer les mécanismes causaux et pour évaluer des interventions précoces ciblant à la fois l’alimentation et le langage.
Sur le plan des politiques publiques, la démonstration d’un lien étroit entre alimentation et langage pourrait orienter la formation des professionnels de la petite enfance et justifier des actions concertées au bénéfice du développement des tout‑petits, avec des implications potentielles pour la prévention et la réduction des coûts liés à la prise en charge ultérieure des troubles du langage.