Un diagnostic sur la représentation de l'entrepreneuriat
Marvin Ndiaye, fondateur de Fresheo et membre de la liste Forbes 30 Under 30, met en cause la manière dont la France valorise ses acteurs économiques : selon lui, la notoriété et les levées de fonds priment sur la rentabilité et le contact avec le client réel. Cette critique s'inscrit dans un contexte où les difficultés des entreprises se matérialisent par des données préoccupantes : la French Tech concentre l'attention médiatique et financière alors que les TPE et PME représentent 46 % de l'emploi salarié et que l'artisanat compte 920 000 entreprises.
Un effet de hiérarchie symbolique aux conséquences concrètes
Pour Ndiaye, la façon dont on nomme et célèbre les dirigeants en dit long : un fondateur qui lève des millions sans profit est qualifié d'« entrepreneur », tandis qu'un chef d'entreprise rentable mais ancré dans l'activité physique reste relégué à son métier. Ce phénomène, qu'il qualifie de «mépris de classe», se traduit par des flux de financements et d'accompagnement qui favorisent les projets les plus abstraits et médiatiques.
« Plus un métier s’éloigne du produit physique et du client réel, plus la parole de celui qui l’exerce est jugée légitime. »
Le « trou noir » des 3 à 15 salariés
Marvin Ndiaye identifie un point critique : la zone entre 3 et 15 salariés, qu'il décrit comme une « vallée de la mort » où beaucoup d'entreprises se cassent la figure faute d'accès aux dispositifs adaptés ou aux financements. Ce constat rejoint des éléments macroéconomiques récents : la Cour des comptes a recensé 68 057 défaillances en 2025, affectant plus de 200 000 personnes. Ces chiffres illustrent l'enjeu pour l'emploi et la stabilité des territoires.
Impacts pour le secteur, les salariés et les clients
- Pour le secteur : un risque de concentration des aides et de l'attention sur des modèles facilement médiatisables, au détriment des entreprises économiquement solides mais moins glamour.
- Pour les salariés : la fragilité des entreprises intermédiaires se traduit par une plus grande exposition au chômage et à la précarité lors des ruptures.
- Pour les clients : la disparition de PME/TPE peut réduire l'offre locale, la qualité de service et la diversité de l'écosystème productif.
Quelles pistes d'action ?
Sans préconiser de solutions nouvelles en l'absence de propositions détaillées dans la tribune, le diagnostic de Ndiaye invite à repenser l'allocation des ressources publiques et privées : mieux cibler l'accompagnement des entreprises en phase de consolidation (3-15 salariés), valoriser la rentabilité et l'ancrage territorial, et diversifier les critères d'évaluation des « bons » projets.
| Chiffre | Signification |
|---|---|
| 46 % | Part de l'emploi salarié portée par les TPE/PME |
| 920 000 | Nombre d'entreprises artisanales |
| 18 000 | Estimé du nombre de start-up de la French Tech (mention contextuelle) |
| 68 057 | Défaillances recensées en 2025 |
| 200 000 | Personnes touchées par ces défaillances |
La critique de Marvin Ndiaye relance un débat central pour l'économie nationale : à quel moment l'image dominante de l'entrepreneur influe-t-elle sur les choix de financement et de politique publique ? Alors que la France cherche à soutenir la création et la croissance d'emplois, reconnaître et corriger ce biais de valorisation pourrait être décisif pour réduire la vulnérabilité des petites structures et stabiliser l'emploi.