Des taux effectifs qui creusent l'écart entre petits et gros emprunteurs
La Banque centrale de Tunisie a publié, pour le premier semestre 2025, un classement des taux effectifs moyens par type de crédit qui dessine une hiérarchie nette des coûts de financement dans le pays. Au‑delà des chiffres, le document illustre une réalité économique : les plus petits clients paient sensiblement plus cher pour emprunter que les grandes entreprises solvables.
"Devez mille dinars à votre banque et vous êtes à sa merci. Devez‑lui un million, et c’est elle qui est à la vôtre."
Proverbe repris par Keynes et cité dans le bulletin, cette maxime trouve une application concrète dans les écarts observés. Les produits destinés aux PME — leasing, découverts matérialisés par effets et affacturage — figurent parmi les plus onéreux, tandis que les crédits réservés aux grandes entreprises occupent la partie basse du classement.
Les chiffres clefs
| Type de crédit | Taux effectif moyen |
|---|---|
| Leasing | 13,49 % |
| Découverts par effets | 12,48 % |
| Affacturage | 12,32 % |
| Crédit à la consommation | 11,86 % |
| Crédit à l'habitat | 10,90 % |
| Crédit à long terme | 10,47 % |
| Crédit à court terme | 10,25 % |
L'écart entre le plus cher (leasing à 13,49 %) et le moins cher (crédit à court terme à 10,25 %) atteint 3,24 points. Concrètement, une PME qui finance un équipement en leasing paie environ 13,5 % contre 10,25 % pour une grande entreprise empruntant à court terme — soit près d'un tiers de coût additionnel pour le même dinar prêté.
Consommation, épargne et signal pour les autorités
Le crédit à la consommation pèse également : à 11,86 %, il place le particulier au‑dessus des taux réservés aux grands emprunteurs et au‑dessous des financements les plus coûteux des PME. Cette charge est d'autant plus sensible que le taux de rémunération moyen de l'épargne bancaire, au premier semestre 2025, était de 6,5 %. L'écart entre ce que les clients déposent et ce qu'ils doivent payer pour emprunter souligne une marge nette importante captée par le système financier.
- Les PME supportent les coûts les plus élevés via leasing, affacturage et découvert.
- Les grandes entreprises bénéficient des taux les plus bas, notamment sur le court et long terme.
- Les particuliers se trouvent entre les deux, mais le crédit à la consommation reste lourd comparé aux rémunérations de l'épargne.
Pour les autorités et les régulateurs, ces données ont plusieurs implications : elles renvoient au besoin de politiques ciblées pour améliorer l'accès au financement des petites structures, à la transparence des coûts réellement facturés et, potentiellement, à des mesures destinées à réduire le différentiel entre épargne et crédit quand il nuit à la croissance et à l'inclusion financière.
Du côté des banques, le bulletin ne distingue pas les taux par établissement mais par produit : l'interprétation appelle donc une lecture prudente. L'écart mesuré n'explique pas, à lui seul, ni la rentabilité par segment ni la qualité des garanties exigées. Il met néanmoins en lumière un fait simple et durable : plus un emprunteur est petit, plus il paie cher.