La Banque centrale européenne (BCE) a donné son accord pour que UniCredit prenne livraison des actions apportées dans le cadre de son offre sur Commerzbank, une étape décisive pour une opération évaluée à 45 milliards d'euros. Annoncée et commentée depuis les réunions du G7 et du G20 à Bangkok, cette autorisation relance un mouvement de consolidation transfrontalière susceptible de redessiner le paysage bancaire européen.
Les déclarations du ministre et leur portée
Interrogé en marge des sommets, le ministre italien de l'Économie, Giancarlo Giorgetti, a estimé que les banques italiennes devaient se comporter en prédateurs plutôt qu'en proies dans cette vague de fusions-acquisitions. Il a salué l'accord de la BCE sur l'opération UniCredit–Commerzbank et rappelé que l'Italie dispose de « pouvoirs spéciaux » pour imposer des conditions sur les transactions touchant des secteurs stratégiques, dont le secteur bancaire.
« Il y aura désormais beaucoup de travail à accomplir pour finaliser l'opération. »
Selon des informations relayées par les agences, des responsables auraient indiqué que le gouvernement italien appuierait la création d'un grand groupe bancaire européen porté par UniCredit à condition que la banque milanaise conserve son siège en Italie. Sur la question inverse — une banque italienne cible d'une acquisition étrangère — M. Giorgetti a dit :
« Je préférerais qu’une banque italienne » soit l’acquéreur.
Conséquences pour le secteur, les salariés et les clients
Si l'opération aboutit, elle constituerait la plus importante banque transfrontalière européenne depuis la crise financière mondiale. Pour le secteur, cela signifie une accélération de la consolidation et un renforcement des acteurs paneuropéens capables de rivaliser à l'échelle continentale. Pour les salariés, nationalités et sièges conservés ou non seront des facteurs déterminants des plans d'intégration, de rationalisation des coûts et des éventuelles restructurations. Pour les clients, l'élargissement des réseaux peut offrir des synergies de services mais aussi des risques d'homogénéisation des offres et de resserrement du dialogue local.
- Montant de l'offre : 45 milliards d'euros.
- Acteur autorisé : UniCredit (prise de livraison des actions).
- Enjeu politique : maintien du siège en Italie et recours aux « pouvoirs spéciaux » de l'État.
Implication des acteurs français
La vague de F&A ne concerne pas que l'Italie et l'Allemagne. Le groupe français Crédit Agricole a récemment déclaré qu'il n'apporterait pas sa participation de 29,3 % dans Banco BPM à l'offre publique d'achat lancée par Monte dei Paschi di Siena. Le même groupe a par ailleurs exprimé un intérêt pour une fusion entre sa filiale italienne et Banco BPM, ce qui illustre la complexité des jeux d'alliance et des intérêts croisés entre banques nationales et étrangères.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Offre UniCredit sur Commerzbank | 45 milliards d'euros |
| Participation Crédit Agricole dans Banco BPM | 29,3 % |
Cadre réglementaire et politique
Rome précise cependant rester officiellement neutre face à la vague actuelle de F&A, tout en conservant la possibilité d'intervenir lorsque sont en jeu des secteurs dits stratégiques. Ce positionnement traduit une volonté de concilier ouverture aux consolidations européennes et préservation d'une maîtrise nationale sur des actifs jugés sensibles. Le maintien du siège social sur le territoire italien apparaît comme une condition politique clé pour obtenir le soutien implicite de l'État.
Au-delà des positions nationales, l'autorisation de la BCE marque un jalon réglementaire important : elle montre que les autorités européennes sont prêtes à entériner des rapprochements transfrontaliers majeurs, sous réserve de garanties et d'alignements sur la gouvernance, la stabilité financière et la protection des déposants.
La suite dépendra désormais du calendrier d'exécution des engagements pris par UniCredit, des négociations internes aux groupes et des éventuelles conditions imposées par les autorités. Les prochaines semaines seront déterminantes pour mesurer si cette opération ouvre une nouvelle ère de consolidation bancaire paneuropéenne ou si elle rencontre des freins politiques et opérationnels susceptibles d'en limiter la portée.