Une projection plus sombre de la croissance mondiale
La Banque mondiale a sonné l'alarme : l'aggravation des tensions entre les Etats-Unis et l'Iran risque de freiner fortement l'économie mondiale. Selon Indermit Gill, son chef économiste, la croissance mondiale envisagée en juin à 2,9% pourrait tomber à 1,3% si le conflit se prolonge pendant au moins six mois. Cette dégradation, qui correspond à l'hypothèse la plus pessimiste du groupe, est déjà en voie de se réaliser, a-t-il expliqué lors d'une interview accordée à Reuters.
Outre le choc de croissance, la Banque mondiale identifie une hausse généralisée des prix : l'inflation mondiale pourrait bondir jusqu'à 4,5% dans ce scénario. Pour les banques centrales, une telle poussée des prix constituerait une pression supplémentaire en faveur d'une remontée des taux d'intérêt, avec des effets directs sur le coût du crédit pour les Etats, les entreprises et les ménages.
Des conséquences financières et sociales
La combinaison d'une croissance affaiblie et d'une inflation plus élevée crée un double défi : réduire le soutien budgétaire tout en maîtrisant les prix. La Banque mondiale met en garde contre les impacts suivants :
- hausse des coûts d'emprunt pour les pays très endettés,
- réduction potentielle des dépenses publiques dans l'éducation, la santé et les services essentiels,
- exacerbation de l'insécurité alimentaire par les perturbations des livraisons d'engrais et d'autres intrants agricoles.
Les perturbations ciblent notamment les infrastructures pétrolières et les chaînes d'approvisionnement de matières premières comme l'hélium et le soufre, essentiels à certains secteurs industriels et agricoles.
"Mon sentiment personnel est que nous en sommes peut-être à quelques mois de cela"
Cette phrase, prononcée par Indermit Gill, souligne l'urgence ressentie au sommet de l'institution. Gill, qui doit prendre sa retraite à la fin août, est le premier haut responsable de la Banque mondiale à s'exprimer publiquement depuis la récente recrudescence des tensions entre Washington et Téhéran.
Quel impact pour la France et le secteur bancaire ?
Pour les banques françaises et les acteurs de l'assurance, plusieurs implications sont à surveiller : une remontée des taux rendra plus coûteux le refinancement et les crédits immobiliers, tandis que l'inflation pèse sur la valeur réelle des provisions techniques et sur le pouvoir d'achat des assurés. Les établissements devront aussi reconsidérer leurs stress tests et la sensibilité de leurs portefeuilles souverains et corporate aux hausses des spreads souverains dans les pays émergents.
Tableau synthétique
| Indicateur | Projection initiale | Projection en scénario pessimiste |
|---|---|---|
| Croissance mondiale | 2,9% | 1,3% |
| Inflation globale | — | 4,5% |
La crainte principale est que ces effets secondaires se propagent, du resserrement des conditions financières à la détérioration des services publics dans les pays vulnérables. Pour les autorités françaises et les superviseurs bancaires, la surveillance des risques souverains et de la solvabilité des emprunteurs reste prioritaire dans les mois à venir.