Un ralentissement marqué au cœur d'une économie dépendante de la demande intérieure
Les Philippines ont vu leur économie ralentir à 2,3 % au trimestre clos en juin, un niveau qui représente le rythme annuel le plus faible depuis 2021. Ce net infléchissement place la croissance du pays en dessous des attentes médianes des analystes (2,8 % selon le sondage Reuters) et signale une trajectoire décevante par rapport au trimestre précédent (expansion de 2,8 %).
Sur le premier semestre, la progression s'établit à 2,6 %, bien en deçà de la fourchette basse de l'objectif gouvernemental pour 2026, fixé entre 3,5 % et 4,5 %. Autrement dit, l'économie est déjà sous-performante par rapport aux ambitions officielles pour l'année.
Construction, investissement et consommation : les canaux du ralentissement
Le ralentissement tient principalement à trois canaux observables dans les comptes nationaux :
- Effondrement du secteur de la construction : la valeur ajoutée du secteur a reculé de 14,8 % en glissement annuel au deuxième trimestre, aggravant une contraction déjà amorcée (- 4,3 % au trimestre précédent).
- Baisse de l'investissement : l'investissement global a chuté de 9,2 %, marquant le quatrième trimestre consécutif de contraction des dépenses d'investissement.
- Affaiblissement de la consommation : la consommation des ménages, qui représente plus des deux tiers de l'activité, ralentit et n'a pas suffi à compenser le recul des autres composantes.
| Indicateur | Variation (t/t-1, glissement annuel) |
|---|---|
| Croissance (T2) | +2,3 % |
| Croissance (T1) | +2,8 % |
| Croissance (S1) | +2,6 % |
| Construction | -14,8 % |
| Investissement global | -9,2 % |
Causes et perspectives : corruption, confiance et plans d'infrastructure
Le gouvernement a pointé un scandale de corruption lié à des projets de lutte contre les inondations l'an dernier comme un facteur ayant freiné les dépenses publiques et pesé sur la confiance des investisseurs, en particulier dans le secteur des infrastructures. Lors d'un point presse, le secrétaire à la Planification économique, Arsenio Balisacan, a estimé que certains indicateurs récents offraient une base pour un optimisme prudent quant à une possible reprise :
« Bien que les résultats du deuxième trimestre appellent à des actions décisives, les indicateurs récents nous permettent d'afficher un optimisme prudent : l'économie pourrait déjà entrer dans les premières phases de la reprise. »
Le gouvernement mise sur l'accélération des dépenses d'infrastructure et le lancement de projets récemment approuvés pour relancer l'activité. Des enquêtes de conjoncture signalent par ailleurs une amélioration de la confiance des entreprises et des conditions de production, mais ces signaux devront se traduire rapidement en commandes et chantiers pour inverser la tendance de l'investissement.
Enjeux pour l'investissement étranger et la stabilité régionale
Pour les investisseurs étrangers, la multiplication de trimestres de contraction de l'investissement et les risques réputationnels liés au scandale de corruption sont des éléments à surveiller : ils peuvent retarder les flux de capitaux et les partenariats publics-privés nécessaires au redressement du secteur des infrastructures. À court terme, la trajectoire de la consommation et la mise en œuvre effective des projets publics seront les variables clefs déterminant si l'économie philippine parvient à rejoindre sa trajectoire de croissance ciblée pour 2026.