Hausse du taux légal : le Maroc à contre‑courant
Le 21 juillet 2026, l’OCDE a publié la huitième édition de son rapport Corporate Tax Statistics 2026. Parmi les enseignements, la hausse annoncée du taux légal de l’impôt sur les sociétés au Maroc attire l’attention : le taux combiné passe de 34% en 2025 à 35% en 2026. Cette augmentation d’un point place le Royaume au premier rang africain en matière de taux facial, à égalité avec la Colombie et Malte et juste derrière la France (36,1%).
«stabilisation»
Le rapport souligne en parallèle une tendance globale opposée : les taux légaux d’IS se sont plutôt stabilisés depuis 2020. Le taux combiné moyen des 146 juridictions suivies par l’OCDE et le Cadre inclusif est de 21,2% en 2026, identique à celui de 2020. Dans ce contexte mondial de stabilité, la décision marocaine constitue une exception notable.
Ce que signifie ce chiffre — qui est concerné, qui ne l’est pas
Le passage de 34% à 35% concerne le taux légal appliqué aux sociétés dans les conditions prévues par la législation marocaine : en pratique, il impacte les entreprises résidentes imposées sur leurs bénéfices mondiaux. Le rapport rappelle que le taux facial ne dit cependant pas tout : l’OCDE pointe l’absence de données publiques sur les taux effectifs au Maroc, c’est‑à‑dire sur le fardeau fiscal réellement supporté après imputation de crédits, déductions et autres mécanismes d’assiette.
Opacité sur les taux effectifs : un risque pour l’attractivité
Le document met en garde contre le « brouillard » qui entoure la charge fiscale réelle des entreprises au Maroc. En l’absence d’indicateurs fiables de taux effectif, il est difficile pour les investisseurs étrangers et les acteurs nationaux d’évaluer la fiscalité effective. Cette opacité prend une dimension particulière à l’heure du Country‑by‑Country Reporting et de l’application d’un taux minimal mondial : disposer de séries comparables de taux effectifs est devenu central pour la prise de décision des groupes internationaux.
Comparaisons chiffrées
| Juridiction / Référence | Taux 2026 |
|---|---|
| Maroc | 35% (passage de 34% en 2025) |
| France | 36,1% |
| Moyenne OCDE & Cadre inclusif (146 jurs.) | 21,2% |
| Moyenne Afrique | 26,6% |
| Colombie / Malte | 35% |
Conséquences pratiques
- Pour une société marocaine réalisant un bénéfice imposable, chaque point supplémentaire de taux représente une charge fiscale immédiatement plus élevée : la hausse est donc directe pour les entreprises résidentes.
- Sans données de taux effectif, l’impact réel (après crédits d’impôt, exonérations sectorielles, prix de transfert, etc.) reste difficile à quantifier et à comparer.
- Cette décision intervient alors que plusieurs juridictions optent pour une stabilité des taux légaux : elle pourrait donc avoir un effet sur l’attractivité des investissements si la perception d’une fiscalité plus lourde n’est pas compensée par de la transparence ou des incitations compensatoires.
Le rapport de l’OCDE, daté du 21 juillet 2026, fournit une photographie des taux légaux mais appelle aussi à mieux documenter les taux effectifs pour éclairer les décisions des entreprises et des investisseurs. Pour le Maroc, la montée à 35% est claire sur le papier ; son impact durable dépendra de la visibilité que les autorités et les contribuables donneront aux mesures qui encadrent l’assiette et les allègements effectifs.
Sources : OCDE, Corporate Tax Statistics 2026 (21 juillet 2026).