Un tarif record mais qui pose question
La neuvième session de l'appel d'offres pour le solaire au sol en France a abouti à un prix moyen pondéré de 61,33 €/MWh, selon la délibération de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) du 17 septembre. L'opération a été massivement sursouscrite : 731 dossiers déposés pour 5 400 MWc de candidatures, alors que le cahier des charges ne recherchait que 925 MWc. Au final, 125 projets ont été retenus, représentant 931 MWc attribués.
Des prix en chute et des lauréats concentrés
Le niveau de 61,33 €/MWh marque une baisse de 18 €/MWh par rapport à la session précédente. Ce prix historiquement bas a été salué par certains comme une avancée vers une énergie plus compétitive, mais il suscite aussi des inquiétudes quant à la viabilité économique des projets, surtout pour les acteurs de taille moyenne. La session a révélé une forte concentration des volumes attribués :
- Reden : 11 projets pour 188 MWc (20 % du volume)
- Mexens (ex-Technique Solaire) : 13 projets, 148 MWc
- EDF Power Solutions : environ 10 projets, 138 MWc
- TSE : 18 projets, 116 MWc
- Luxel : 11 projets, 114 MWc
Ces cinq acteurs cumulent environ 76 % des volumes attribués. En incluant la filiale Luxel, EDF pèse à lui seul plus d'un quart de la session.
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Dossiers reçus | 731 |
| Puissance candidate | 5 400 MWc |
| Puissance visée par l'appel | 925 MWc |
| Projets retenus | 125 (pour 931 MWc) |
| Prix moyen pondéré | 61,33 €/MWh |
Réactions et risques
La session a provoqué des réactions vives au sein de la filière. Lors d'un colloque, la directrice mentionnée dans les comptes rendus a qualifié la situation de « le carnage », expression reprise par plusieurs participants, traduisant un mélange d'étonnement et d'inquiétude face à la pression sur les marges des développeurs et constructeurs.
« le carnage »
La raréfaction des sessions d'appels d'offres depuis la publication de la PPE3 en février, alors que l'objectif national reste ambitieux (48 GW de solaire en 2030), a aussi mécaniquement alimenté un effet d'entonnoir : beaucoup de projets ont dû concourir dans un laps de temps restreint. Résultat : des offres agressives, parfois au détriment du réalisme financier. Le risque est double : d'une part, des lauréats qui pourraient rencontrer des difficultés à financer ou à livrer leurs centrales ; d'autre part, des développeurs éliminés malgré la qualité de leurs dossiers — près de 4,4 GWc de candidatures restent non retenus.
Conséquences pour la facture et la filière
Un prix bas pour l'électricité solaire peut peser positivement sur le coût moyen du mix électrique à long terme, mais les ordres de grandeur importent : un tarif de 61 €/MWh reste une composante du coût de production pour le segment concerné et ne se traduit pas mécaniquement par une baisse immédiate de la facture des ménages. En revanche, si des projets ne voient pas le jour faute de financements viables, cela peut ralentir l'atteinte des objectifs de capacité et nourrir une hausse des prix sur d'autres segments énergétiques.
Perspectives
Pour 2027, seule une session technologique neutre est envisagée à ce stade, dont les contours demeurent flous et qui pourrait, selon les règles, avantager l'éolien. L'enjeu pour les pouvoirs publics est de calibrer les appels d'offres de manière à stimuler la concurrence tout en garantissant la robustesse financière des projets, afin d'éviter que des tarifs bas n'entraînent un effet boomerang pour la filière et la transition énergétique.