Perspectives macroéconomiques et conséquences pour l'emploi
Le projet de Budget économique 2027 déposé par le gouvernement tunisien anticipe une croissance du produit intérieur brut de 3,1% pour 2027, contre 2,7% attendus pour l'ensemble de 2026. Sur le papier, il s'agit d'une progression qui marque une accélération modeste de l'activité après une année pénalisée par des facteurs conjoncturels. Pour le marché du travail, toutefois, l'amélioration reste limitée : le taux de chômage devrait reculer à 14,5% (contre 14,9% en 2026) et le chômage des jeunes (15-24 ans) glisserait légèrement à 35% contre 35,4%.
Ces chiffres traduisent une amélioration timide mais non transformante pour l'emploi. Une croissance de 3,1% n'est pas, en elle-même, synonyme d'une création massive d'emplois : elle dépend de la structure de la reprise sectorielle et de l'intensité en travail des secteurs qui reprennent. Les autorités signalent déjà la fragilité de certains segments, notamment le phosphate et l'énergie, qui ont pesé sur les performances récentes.
Investissements, revenus et échanges
Le document budgétaire table sur un renforcement de l'effort d'investissement : le taux d'investissement passerait de 15,5% du PIB en 2026 à 16,4% en 2027. Les investissements directs étrangers sont attendus à 4 800 millions de dinars (contre 4 000 MD en 2026). Le revenu par habitant est projeté en hausse, de 15 605,7 dinars attendus en 2026 à 16 735,9 dinars en 2027.
- Exportations des biens et services : +8% en 2027 (vs 7,5% en 2026).
- Importations : ralentissement attendu à 7,9% (contre 10% en 2026).
- Déficit commercial projeté : 3,7% du PIB en 2027 (vs 3,9% en 2026).
| Indicateur | 2026 (prévu) | 2027 (prévision) |
|---|---|---|
| Croissance | 2,7% | 3,1% |
| Inflation | 5,3% | 5,2% |
| Chômage | 14,9% | 14,5% |
| Chômage jeunes (15-24) | 35,4% | 35% |
| IDE | 4 000 MD | 4 800 MD |
Ce que cela change pour les salariés et les employeurs
Pour les demandeurs d'emploi et les diplômés, les prévisions suggèrent une amélioration marginale du marché du travail, insuffisante pour inverser rapidement des taux de chômage élevés — notamment chez les jeunes et les diplômés du supérieur, où le taux des diplômés devrait rester très élevé à 25% en 2027 (contre 26,6% en 2026). Les entreprises, elles, pourraient bénéficier d'un environnement un peu moins inflationniste et d'un flux d'IDE plus important, mais l'effet positif sur l'emploi dépendra de la nature des investissements (secteurs intensifs en capital vs intensifs en travail) et de la capacité des secteurs stratégiques à redresser leur production.
Le gouvernement justifie la révision à la baisse des prévisions 2026 par la persistance de chocs conjoncturels et des performances faibles dans certains secteurs clefs, ainsi que par des pressions climatiques. L'enjeu dans la période qui vient est de rendre la croissance plus résiliente et inclusive : sans réformes structurelles accélérées, la Tunisie risque de connaître une amélioration lente, laissant un niveau de chômage élevé et des fragilités sociales persistantes.
Pour les acteurs économiques français et les entreprises présentes en Tunisie, ces projections appellent à la prudence mais aussi à l'opportunité : un regain attendu des exportations et une stabilisation des investissements étrangers peuvent ouvrir des créneaux, à condition de cibler des secteurs porteurs et d'accompagner la montée en compétences de la main-d'œuvre locale.