La saison des feux de forêt 2026 au Canada s'inscrit déjà parmi les plus marquantes par l'étendue des surfaces touchées. Selon le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC), quelque 3 854 départs de feu ont affecté plus de 2,9 millions d'hectares. Les Territoires du Nord-Ouest représentent la plus grande part des superficies brûlées (25,9%), suivis de l'Ontario (25,2%) et du Québec (24%).
Des chiffres massifs mais peu de sinistres majeurs
Ces volumes impressionnants ne se traduisent pas automatiquement par une avalanche de sinistres couverts : des recherches menées aux États-Unis entre 2001 et 2020 indiquent que seulement 2,7% des feux recensés ont engendré des dommages importants. L'explication principale avancée par les spécialistes est la rapidité de propagation des incendies quand ceux-ci échappent aux dispositifs d'endiguement.
Des outils de prévention venus des États-Unis
Pour mieux anticiper les impacts, l'Institut de prévention des sinistres catastrophiques (IPSC) a organisé, le 10 juillet, un webinaire intitulé
"Turning Wildfire Intelligence Into Homeowner and Community Action"qui a permis d'entendre trois experts américains spécialisés dans la détection et la lutte contre les feux de forêt. Leurs retours d'expérience mettent en avant des solutions pratiques déployées en Californie et dans le nord-ouest des États-Unis pour alerter les populations et réduire l'exposition des habitations.
Parmi les intervenants, Jason Brooks, fondateur de Fire Aside, et Dave Winnacker, à l'origine de la société XyloPlan, ont illustré la façon dont la modélisation et la cartographie permettent désormais d'évaluer finement le risque au niveau de la parcelle et de la communauté. Winnacker, ancien chef des pompiers du district Moraga-Orinda (Californie), a mis en avant des cartes opérationnelles utilisées localement pour prioriser les actions de prévention et d'évacuation.
- Cartographie dynamique : permet d'identifier les zones où la vitesse de propagation peut transformer un départ en sinistre majeur.
- Outils d'alerte ciblés : notifications aux propriétaires exposés pour des mesures de protection immédiates.
- Planification communautaire : priorisation des interventions et renforts là où la vulnérabilité est la plus forte.
Conséquences pour les assureurs et les assurés
Pour les acteurs de l'assurance, ces éléments ont des conséquences directes : la tarification, l'évaluation des expositions par portefeuille et la mise en place d'incitations à la réduction du risque (travaux de mitigation, zones dégagées autour des bâtiments) deviennent des leviers essentiels. Si la majorité des feux restent limités, la capacité d'un incendie à devenir « catastrophique » repose sur des facteurs désormais prévisibles — vitesse du feu, conditions météorologiques locales, et présence ou non de mesures d'atténuation.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Nombre de feux répertoriés (CIFFC) | 3 854 |
| Superficie totale brûlée | plus de 2,9 millions d'hectares |
| Part des Territoires du Nord-Ouest | 25,9% |
| Part de l'Ontario | 25,2% |
| Part du Québec | 24% |
Ces données montrent que le risque n'est pas circonscrit à quelques régions : il concerne des zones densément peuplées comme l'Ontario et des territoires plus isolés où la logistique d'intervention est compliquée. Pour l'assurance habitation, la question centrale reste la même : comment traduire cette intelligence sur les feux en décisions opérationnelles et commerciales ?
Au-delà de la réactivité, la prévention — via le renforcement des règles de construction en zone exposée, l'incitation financière à la mitigation et l'usage de cartographies haute résolution — apparaît comme la voie la plus efficace pour limiter les sinistres majeurs et stabiliser les coûts pour les assureurs et les assurés.
La saison 2026 rappelle que, même si la majorité des départs de feu ne deviennent pas des catastrophes, la proportion réduite qui franchit ce seuil suffit à imposer une coopération renforcée entre autorités, collectivités et marchés de l'assurance.